Marguerite VAILLANT-COUTURIER

 

Marguerite Vaillant-Couturier en 1881 [photo Pipaud]

 

 

Marguerite VAILLANT dite Marguerite VAILLANT-COUTURIER

 

soprano français

(Paris, 12 mai 1855 – Paris 16e, 01 mai 1930*)

 

Fille de Paul Louis VAILLANT (Paris ancien 2e, 13 février 1818 – Paris 17e, 04 mai 1874*), ingénieur civil, et de Caroline Adèle Emma ISOT (Paris, 22 juin 1829 – Paris 16e, 27 septembre 1897*), mariés à Paris ancien 2e le 17 juillet 1854*.

Sœur de Jenny Gabrielle VAILLANT [mère de la cantatrice Marguerite CARRÉ] ; d'Édouard Léon Gabriel VAILLANT (Vélizy [auj. Vélizy-Villacoublay], Seine-et-Oise [auj. Yvelines], 05 août 1858* –) ; de Paul VAILLANT (Paris 7e, 10 juin 1867* – Cayeux-sur-Mer, Somme, 25 février 1936), représentant de commerce, artiste lyrique en 1892, dessinateur en 1903 ; de Pauline VAILLANT, cantatrice.

Epouse à Bruxelles, Belgique, le 22 février 1879 Félix COUTURIER (1854–1914), baryton ; parents de Paul VAILLANT-COUTURIER (1892–1937), homme politique.

 

 

Au Conservatoire de Paris, elle obtient en 1877 un premier accessit de chant et un deuxième accessit d'opéra-comique, puis, en 1878, les premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique. Elle débute à la Monnaie de Bruxelles, dans Mireille en septembre 1878 ; de ce fait, elle est poursuivie par le Ministre des Beaux-Arts et condamnée à 20.000 francs de dommages-intérêts pour n'être pas restée à la disposition des théâtres subventionnés après avoir obtenu ses premiers prix au Conservatoire. Elle chante, à la Monnaie, Roméo et Juliette, l'Étoile du Nord, Galathée, etc. Elle passe ensuite à Marseille, à Nantes, à Genève. A Paris, elle débute aux Nouveautés le 19 octobre 1882 pour créer le Cœur et la main (Micaela) de Charles Lecocq ; y crée encore le 23 octobre 1883 le Roi de carreau (Benvenuta) et le 19 mars 1884 Babolin (Elvérine) de Louis Varney. Elle retourne à Bruxelles pour y créer Manon et chanter Faust et Hamlet ; elle part ensuite pour Buenos-Aires, Saint-Pétersbourg, Nice et revient à Paris, à l'Opéra-Comique en 1888, y chante Carmen et crée l'Escadron volant de la reine. Elle passe ensuite à la Haye, puis au Théâtre du Capitole de Toulouse en octobre 1894.

En 1892, elle habitait 10 bis rue Piccini à Paris 16e où elle est décédée en 1930 à soixante-quatorze ans. Elle est enterrée avec son mari à Sainte-Croix-Volvestre (Ariège).

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y a débuté le mardi 12 juin 1888 dans Carmen (Carmen).

 

Elle y a créé le 14 décembre 1888 l'Escadron volant de la reine (Thisbé de Montéfiori) d'Henry Litolff.

 

 

 

 

Marguerite Vaillant-Couturier en 1881 [photo Pipaud]

 

 

 

 

Du jour où l'on apprit que Mme Vaillant-Couturier se trouvait au nombre des artistes engagés au Casino de Luchon, plusieurs de nos lecteurs nous demandèrent de publier son portrait et sa biographie. C'est donc autant pour satisfaire aux vœux de nombreux dilettanti que pour enrichir notre écrin artistique d'une perle de plus, que nous entretenons aujourd'hui nos lecteurs de cette jeune artiste qui compte déjà plus de succès que d'années de théâtre.

Sans nous étendre sur son enfance et sans parler des heureuses dispositions que manifestait de bonne heure Mme Vaillant-Couturier, nous dirons que, née en 1855, à Paris, elle entra au Conservatoire en 1874. Elle eut successivement pour professeurs : Mme Viardot et M. Garcia d'abord ; MM. Barbot, professeur de chant ; Ponchard (classe d'opéra-comique), et Obin (classe de grand opéra).

Supérieurement douée, Mme Vaillant-Couturier ne pouvait que réussir avec de tels maîtres ; aussi, la voyons-nous, au concours de 1878, obtenir le premier prix de chant, de grand opéra et d'opéra-comique, ce qui lui valut, au mois d'août de la même année, d'être engagée à l'Opéra.

A cette époque, ayant accepté un engagement au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, elle entra en lutte avec le Conservatoire, qui lui intenta un procès. Ayant obtenu gain de cause à Bruxelles, l’affaire fut portée à Paris, et finalement la jeune artiste fut condamnée à payer 15,000 fr. de dédit.

Dans Mireille et l’Etoile du Nord, qui lui servirent de début au Grand-Théâtre de la Monnaie, Mme Vaillant-Couturier obtint les éloges unanimes de la presse, qui se plut à proclamer les mérites de ce talent naissant.

Au mois de février de l'année 1879, elle unissait sa destinée à celle d'un autre artiste de talent, un Toulousain, M. Couturier, baryton de grand opéra.

Les habitués du théâtre de la Monnaie ne jouirent pas longtemps du bonheur d'entendre la jeune prima donna ; car, désireuse de voir consacrer son talent sur une scène française, elle acceptait les offres du directeur du Grand‑Théâtre de Marseille, après avoir payé toutefois un dédit au directeur de la Monnaie.

Dans la cité phocéenne, son succès s'accrut et ses triomphes furent aussi nombreux que les œuvres qu'elle interpréta. Nous citerons principalement : Mireille, Faust, les Huguenots, Giralda, le Pré-aux-Clercs. De cette époque, datent aussi ses premières créations : Paul et Virginie et Madame Favart, genre nouveau pour elle et qui mit à jour de nouvelles qualités. Le succès de Mme Vaillant-Couturier dans Madame Favart est d'autant plus remarquable qu'elle eut à interpréter cette œuvre devant un public prévenu, non contre l'artiste qui avait toute sa sympathie, mais contre la direction qui avait introduit au Grand-Théâtre la musique d'Offenbach.

En quittant Marseille, Mme Vaillant-Couturier ne craignit pas d'accepter un engagement à Nantes, malgré les malheureux essais des divers directeurs qui avaient englouti dans l'exploitation de ce théâtre les économies qu'ils avaient pu réaliser ailleurs. Il faut croire que la présence de Mme Vaillant-Couturier conjura le mauvais sort, car on put constater une augmentation sensible dans les recettes.

Dans cette ville l'attendait une nouvelle création : celle du rôle d'Arlette dans Jean de Nivelle, rôle écrasant s'il en fut, et dont elle se tira à sa plus grande gloire et à la satisfaction de tous ses auditeurs, au nombre desquels se trouvait Léo Delibes, l'auteur.

Ce dernier, reconnaissant envers les principaux interprètes, M. et Mme Couturier, auxquels il devait tout son succès, voulut les réunir dans un souper et leur adressa les plus grandes félicitations. La même année eut lieu une reprise de la Reine Topaze, où Mme Vaillant-Couturier obtint un grand succès en chantant les variations introduites par Paganini dans le fameux Carnaval de Venise.

Après Philémon et Baucis, musique de Gounod, dont le Cercle des Beaux-Arts de Nantes eut les prémices, elle créa la Fille du Tambour-Major, qui fut le succès de l’année.

C'est en quittant Nantes, et après avoir donné quelques représentations au Havre et à Caen que Mme Vaillant-Couturier a été engagée à Luchon, où elle se trouve en ce moment. Depuis l'ouverture du Théâtre du Casino, toutes les personnes résidant à Luchon se sont portées en foule au théâtre pour entendre la voix fraiche et charmante de Mme Vaillant-Couturier.

Nous n'avons qu'un regret à exprimer, c'est que Mme Vaillant-Couturier ait déjà accepté un engagement pour l'hiver prochain à Genève, ce qui met les Toulousains dans l'impossibilité de la posséder.

Mais ce qui est différé n'est pas perdu, et nous espérons que les directeurs à venir ne laisseront pas échapper l’occasion de nous faire entendre une artiste d'un si grand talent.

 

(Beppo, le Midi artiste, 21 août 1881)

 

 

 

 

Marguerite Vaillant-Couturier dans le Cœur et la main de Charles Lecocq [photo Nadar]

 

 

 

 

Comme il ne nous a pas été donné de pouvoir assister à la première représentation du nouvel opéra-comique de MM. Charles Lecocq, Nuitter et Beaumont, nous devons forcément en ajourner le compte-rendu. On sait que cet opéra-opérette, intitulé le Cœur et la main, a servi de début à la charmante Mme Vaillant-Couturier sur une scène qu'elle ne prévoyait guère devoir jamais aborder. Chose curieuse à noter : le jour même où Mme Vaillant-Couturier débutait sur la scène parisienne des Nouveautés, sa non moins charmante sœur [Pauline Vaillant] était reçue élève de chant au Conservatoire.

(le Ménestrel, 22 octobre 1882)

 

Encore un essai de décentralisation musicale. On écrit de Nantes que les répétitions de Diane de Spaar, opéra en quatre actes et six tableaux de M. Armand Silvestre, musique de M. Adolphe David, sont activement poussées au Grand-Théâtre. M. Paravey monte cet ouvrage avec un soin extrême. On parle d'une fête de nuit dans la forêt de Fontainebleau qui constituera un superbe spectacle. L'action se passe sous François Ier, à une des époques les plus brillantes de notre histoire. Les principaux interprètes seront MM. Couturier, Lorant, Poitevin, Fioratti, Mmes Vaillant-Couturier et Bouland. On pense que la première représentation aura lieu du 25 au 30 de ce mois.

(le Ménestrel, 20 novembre 1887)

 

Ainsi que nous l'avons annoncé, tandis que le Théâtre municipal de Lille donnait la première représentation de Zaïre, dont nous rendons compte plus haut, celle de Diane de Spaar, opéra de M. Armand Silvestre pour les paroles, de M. Adolphe David pour la musique, avait lieu au Grand-Théâtre de Nantes. Voici la dépêche que publiait un de nos confrères au lendemain de l'apparition de ce dernier : « La première représentation de Diane de Spaar a eu lieu samedi soir. Elle a été un véritable triomphe pour les auteurs et pour les interprètes. M. Paravey a fait preuve de goût et de discernement en donnant à notre scène la primeur d'une œuvre de cette importance. Mme Vaillant-Couturier a remporté un de ces succès qui font époque dans la vie d'une artiste. M. Couturier a été magnifique dans le rôle de Claude Marsy, notamment dans la grande scène de la mutilation de la statue et dans le grand duo d'amour du quatrième acte. M. Lorant s'est montré chanteur agréable et excellent comédien. MM. Poitevin et Fioratti se sont acquittés d'une façon intelligente de rôles effacés. Enfin, Mme Bouland a été charmante dans le rôle de la duchesse d'Étampes. La mise en scène est très soignée et la chasse qui parait au premier acte a été parfaitement réglée. Les bis et les rappels ont été prodigués aux artistes et les noms des auteurs, MM. Armand Silvestre et Adolphe David, ont été accueillis par des applaudissements unanimes. »

(le Ménestrel, 11 décembre 1887)

 

Mardi dernier, quelques jours seulement avant la clôture de la saison, nous avons eu, à l'Opéra-Comique, l'apparition de Mme Vaillant-Couturier dans Carmen. Ce n'était donc en quelque sorte qu'une carte de visite déposée par l'artiste avant de prendre possession définitive du public parisien dans un rôle plus à sa convenance, dès que le théâtre rouvrira ses portes ; c'était aussi un service rendu à la direction, qui se trouvait fort empêchée de représenter l'œuvre productive de Georges Bizet, puisque son interprète habituelle, Mlle Deschamps, se trouvait accaparée par le Roi d'Ys, dont les représentations se poursuivent avec succès et occupent l'affiche trois fois par semaine.

Il n'est pas inutile de rappeler en quelques mots la carrière encore peu fournie de Mme Vaillant-Couturier. Des sa sortie du Conservatoire, où elle remporta de brillants succès, elle fit beaucoup de bruit dans le monde, en rompant en visière avec tous les règlements de l'établissement scolaire qui lui avait donné la vie artistique. Elle n'hésita pas en effet, au lieu de se lier avec un des théâtres subventionnés de Paris qui la réclamait au prix convenu, à passer la frontière belge comme un caissier en défaut et à s'inscrire sur les rôles du théâtre de la Monnaie comme première chanteuse légère. Elle y trouvait l'avantage de toucher des appointements beaucoup plus élevés. Le Ministre des Beaux-Arts de France trouva cette frasque de la jeune lauréate fort peu de son goût et la poursuivit vigoureusement devant la justice de son pays. Sa condamnation était certaine. Elle dut donc à l'État de gros dommages-intérêts, ce qui la mettait dans l'impossibilité de chanter désormais en France, sous peine de s'y voir saisir brutalement de la main des huissiers, qui ignorent toutes les galanteries. Mais, comme avec les jolies femmes il est toujours des accommodements, on ne sait trop comment la chose se fit, mais un beau jour on vit reparaître à Paris Mme Vaillant-Couturier, plus blonde, plus rose et plus souriante que jamais, sur une scène d'opérette, et nous soupçonnons fort qu'elle n'eut pas besoin pour cela de verser un seul centime dans les caisses de l'État. Réussit-elle dans le genre léger cher aux Parisiens ? La question est controversée. La voix et le jeu semblaient un peu lourds, et les grâces de la femme ne parvinrent pas toujours à triompher de la résistance du public. Elle fit pourtant quelques campagnes honorables et se replia ensuite en bon ordre sur la province, qui lui fut plus accueillante. On nous dit qu'à Nantes, tout dernièrement, sous le consulat du même Paravey, qui vient de l'appeler à Paris, elle révolutionna toute la ville et fit tourner toutes les têtes. On y comptait précisément, comme une de ses plus belles performances, ce rôle redoutable de Carmen qu'elle vient d'aborder ici et dans lequel le souvenir de notre géniale Galli-Marié, après comme avant la soirée de mardi, restera toujours ineffaçable.

Ce n'est pas que Mme Vaillant-Couturier n'y ait fait montre de réelles qualités, et qu'on n'ait su apprécier son intelligence à surmonter les difficultés d'une partition qui ne semble pas adaptée parfaitement à sa personne et à ses moyens. La voix de l'artiste, comme sa beauté même, est trop blonde pour rendre toutes les passions, toutes les rudesses de sentiment de l'ardente et brune Carmen ; et musicalement, le rôle est manifestement écrit trop bas pour sa nouvelle interprète. On ne doit pas oublier que Mme Vaillant-Couturier était à ses débuts une chanteuse légère suraiguë ; c'est dans le personnage de l'Ophélie d’Hamlet, qu'elle parut pour la première fois sur le théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Nous voulons bien que, depuis, la voix de l'artiste se soit transformée et, qu'elle ait baissé de quelques notes ; mais elle n'en est pas encore arrivée au bas registre du mezzo-soprano et elle ne s'y meut pas à l'aise. Mme Vaillant-Couturier n'a donc pu nous faire entendre, l'autre soir, qu'une sorte d'organe artificiel composé expressément pour la circonstance ; ou eût dit qu'elle s'était mis dans la bouche la pratique dont se servent les montreurs de marionnettes pour déguiser leur voix naturelle.

Nous ne voulons donc pas juger Mme Vaillant-Couturier sur cette seule épreuve, encore que son talent ait pu s'y faire jour en quelques endroits ; nous l'attendons dans un autre rôle, plus approprié à sa nature.

(le Ménestrel, 17 juin 1888)

 

 

 

 

 

 

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