Marie HÉBERT-MASSY

Elisa Massy [Marie Hébert-Massy] dans le Petit Chaperon rouge (Rose d'Amour), dessin d'Alexandre Lacauchie, 1832

 

 

Marie Angélique Elisa GIACOMASCI dite Marie HÉBERT-MASSY

 

soprano français

(Paris, 18 décembre 1815 – Toulouse, Haute-Garonne, 10 mai 1875*)

 

Fille de Jean Jacques GIACOMASCI, peintre et vitrier, et de Marguerite Geneviève Bernardine LANGAGNE.

Sœur de Caroline Louise GIACOMASCI, institutrice [épouse à Paris ancien 10e le 29 avril 1839* Pierre Marius AUDRAN, ténor].

Epouse à Paris ancien 2e le 09 octobre 1834* Achille Robert HÉBERT, baryton-basse ; père adoptif par acte du 24 août 1863 (transcrit à Toulouse le 31 décembre 1863*) d’Auguste Émile PRENDERGAST-HÉBERT (Paris ancien 9e, 22 août 1837* – ap. 1878), capitaine major au 8e bataillon de chasseurs à pied [fils de Charles Marie Louis PRENDERGAST (1799 – Paris ancien 8e, 16 novembre 1844*), fondeur en cuivre, et de Bernardine Floride GIACOMASCI (1800 – ap. 1863)].

 

 

Elle débuta sous le nom d’Elisa MASSY à l’Opéra-Comique en 1832, où elle créa le rôle de Nicette dans le Pré-aux-Clercs, chanta à La Haye (1835), fit un court séjour au Théâtre des Variétés (1836), à nouveau à La Haye (où elle créa en octobre 1839 Norma (Adalgise) de Vincenzo Bellini dans la version française d'Etienne Monnier), chanta à Gand et à la Monnaie de Bruxelles (1842), rentra à l’Opéra-Comique (1842), et partit pour la province (Lille, 1844 ; Lyon, où elle créa le 19 février 1847 Marie-Thérèse (Olga) de Nicolas Louis). Elle chanta ensuite à l’Opéra de Paris, puis se fixa à Toulouse, où elle fut nommée professeur au Conservatoire de musique, poste qu’elle occupa jusqu’à sa mort. Le 30 décembre 1852, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, elle avait créé un rôle dans la Faridondaine, drame en 5 actes et huit tableaux, mêlé de chant et de musique d’Adolphe Adam et de Groot.

Elle est décédée en 1875 à soixante ans en son domicile, quartier des Sept deniers, route de Blagnac, à Toulouse.

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle y débuta le 06 octobre 1832 dans les Voitures versées (Elise) et le Petit Chaperon rouge (Rose d'Amour).

 

Elle y créa le 17 octobre 1832 en créant la Médecine sans médecin (Agathe) de Ferdinand Hérold ; le 15 décembre 1832 le Pré-aux-Clercs (Nicette) de Ferdinand Hérold ; le 16 mai 1833 Ludovic (Nice) de Ferdinand Hérold ; le 20 juillet 1833 la Prison d'Edimbourg (Jenny) de Michele Enrico Carafa ; le 18 septembre 1833 le Proscrit (Floretta) d’Adolphe Adam ; le 24 mai 1834 Lestocq (Catherine) d’Esprit Auber.

 

Elle y chanta le Valet de chambre (septembre 1833) ; le Nouveau seigneur du village (novembre 1833) ; Robin des bois [le Freischütz] (Nancy, 1835) ; les Diamants de la couronne (01 juillet 1842) ; le Chalet (01 juillet 1842).

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle y débuta le 19 septembre 1847 dans Lucie de Lammermoor (Lucie).

 

Elle y chanta Robert le Diable (Isabelle, 1848) ; Charles VI (Odette, octobre 1848) ; la Juive (Eudoxie, 1848) ; les Huguenots (Marguerite de Valois, 1848) ; la Muette de Portici (Elvire, 1849) ; le Freischütz (Annette, 1850) ; le Prophète (Bertha, 1850) ; la Bouquetière (Annette) ; l'Âme en peine (Paola) ; la Xacarilla (Ritta) ; le Comte Ory (Isolier, 1861).

 

 

 

 

 

Comme jadis Marius pleurant sur les ruines de Carthage, j'aperçus un jour Martin en contemplation devant les ruines du théâtre Feydeau, le chapeau respectueusement à la main, les yeux humides de pleurs ; il adressait un dernier adieu à ce théâtre de tant de gloire. A cette heure, on voyait encore, de la place de la Bourse, des traces de loges démolies, on voyait encore deux grands murs nus et décrépis ; et puis en bas on voyait des monceaux de pierres, et tout cela c'était le théâtre Feydeau, si harmonieux autrefois, si chéri du public, ce théâtre qui avait, après les horreurs de la Révolution, donné l'hospitalité à la comédie française émigrée, qui depuis avait servi de rendez-vous à tous les dilettanti de la capitale, et qui naguère encore était trop étroit pour la foule amoureuse des nombreux talents réunis dans son sein ; ce théâtre des Saint-Aubin, des Gavaudan, des Elleviou, des Martin !..

 

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles !..

 

De tous ces talents bien aimés, de ces milliers de spectateurs, de ces bravos sans cesse renaissants, de ces voix mélodieuses, de ce théâtre orgueilleux, que restait-il donc ? Deux murs debout et quelques pierres d'un côté, de l'autre Martin en cheveux blancs, le pied posé sur le chapiteau d'une colonne renversée : en tout, deux souvenirs.

 

Et ces deux grands débris se consolaient entr'eux !...

 

Peut-être dans sa rêverie, Martin ressuscitait-il le siècle d'or de l'Opéra‑Comique, peut-être revoyait-il ces jours de triomphe toujours présents à sa pensée, ces-jours à lui !.. S'il en était ainsi, quel dut être son désenchantement au réveil, combien l'illusion évanouie lui dut être douloureuse, quand il se retrouva seul face-à-face avec des ruines, quand il aperçut à sa gauche, quand il entendit surtout gémir plutôt que chanter, cette troupe nomade qui tour-à-tour, avec un malheur égal, avait été dresser ses tentes près la rue Ventadour, puis encore sur la place de la Bourse, et qui toujours avait eu le courage d'afficher son nom à la porte... Opéra-Comique, en lettres d'or !.. Sans doute il refusa d'y croire, ou s'il y crut il se mit à crier au sacrilège !... Renverser le temple sans avoir brisé l'idole, transplanter le dieu d'autel en autel, et le ramener mourir près de son berceau !... Un autre eût pleuré sur Solime détruite, un autre se fût arraché les cheveux, et tordu les bras de désespoir.... Martin fit plus, il eut le courage de chanter ; il se rappela les accents magiques de sa voix, et il dit à Paris : Silence, je vais chanter... Et Paris accourut, puis fit silence, avide qu'il était d'entendre... Car lui aussi n'avait rien oublié. Martin chanta et tout le monde applaudit... Mais hélas, c'était un adieu, c'était le chant du départ, le chant du cygne. Après quelques trop courtes modulations, Martin rentra en lui-même, et se dit pour la seconde fois : Il faut songer à faire la retraite. Il fit donc de nouveaux apprêts de départ, mais cette fois, il prit en pitié les plaisirs de la capitale, il jeta un dernier regard de commisération sur le personnel du théâtre de la Bourse ; d'un coup-d'œil il vit et comprit tous ses besoins. Que pouvait-il pour son théâtre bien aimé... S'il avait pu se ressusciter !..

 

Mais hélas, le Phénix est mort,

Et ne renaît plus de sa cendre.

 

Il dit cela tout bas, et soupira ; son heure était venue, sa mort dramatique l'attendait à la porte, il se résigna ; mais du moins, il ne voulut pas mourir intestat ; il avait à cœur de pouvoir léguer au théâtre tout ce qu'il lui enlevait en partant... Il fit de son mieux ; après avoir donné une dernière poignée de main à Ponchard, et un encouragement au jeune Thénard, après avoir salué madame Casimir, il s'avança sur la scène pour la dernière fois ; mais alors il n'était pas seul ; Frontin présentait à son nombreux auditoire une jeune et jolie Babet aux cheveux blonds, aux yeux bleus... Je vous la lègue sembla-t-il dire... Et dès qu'on eut entendu la voix fraîche de cette charmante fille, on applaudit, non plus seulement en faveur du parrain ni en faveur des beaux yeux, mais aussi en faveur du talent ; on s'empressa d'accepter le legs purement et simplement, sans songer même au bien heureux bénéfice d’inventaire.

Ce fut le 6 octobre 1832 que Martin fit hommage au public parisien de mademoiselle Elisa Giacomasci ou Massy. Le protecteur dut s'estimer bien payé par l'accueil bienveillant et si mérité que l'on fit à sa jeune débutante. Depuis cette époque, les encouragements et la faveur ne lui ont pas manqué ; elle aussi, n'a pas manqué à ses promesses. Après ses débuts dans Élise des Voitures versées, et Rose d'Amour du Petit Chaperon rouge, qu'elle joua avec tant de grâce et de gentillesse, elle fut chargée de la création de plusieurs rôles ; Agathe dans la Médecine sans médecin, Nicette dans le Pré-aux-Clercs, Nice dans Ludovic et Jeannie dans la Prison d'Edinbourg, furent autant de triomphes pour elle. Qu'elle chante ou qu'elle joue, qu'on la voie ou qu'on l'entende, mademoiselle Massy est toujours charmante ; elle est simple et naturelle ; on remarque surtout en elle certain petit mouvement de tête sans affectation qui lui sied à merveille.

Maintenant, jetons un coup d'œil sur les premières années de sa vie ; et d'abord je vous dirai que mademoiselle Massy est née à Paris. Souvent nous nous sommes plaints que la capitale fût obligée d'emprunter presque tous les talents à la province ; nous voyons avec plaisir que ce n'est pas une règle sans exception ; ici l'exception est heureuse. Dès son jeune âge mademoiselle Massy montra beaucoup de goût pour la musique ; à douze ans, elle devint élève externe de M. Choron ; ses excellentes leçons lui furent très profitables, et le succès de l'élève est aujourd'hui un succès pour le maître. A peine au bout de deux années d'études, elle fut admise à concourir avec treize autres jeunes personnes presque toutes plus âgées qu'elle ; sur ces quatorze appelées, il devait y avoir deux élues pour remplir deux places vacantes au pensionnat du gouvernement. Mademoiselle Massy réunit les voix du jury composé d'artistes distingués, et notamment de notre grand maître Rossini dont le suffrage lui fut un grand honneur ; préférée à ses rivales, elle obtint seule le prix. Que d'avenir on pouvait déjà deviner dans l'enfance de ce talent !

Mademoiselle Massy était depuis peu au pensionnat lorsqu'éclata la révolution de juillet 1830 ; ce grand orage eut un écho jusque dans l'école de musique et donna naissance à beaucoup de changements, par suite desquels les parents de mademoiselle Massy la retirèrent dans leur sein, et lui firent continuer en particulier les études qu'elle avait commencées sous de favorables auspices. M. Boulanger Kunzé fut chargé de développer ses heureuses dispositions, et de continuer les bonnes leçons qu'elle avait déjà reçues ; elle fit de très rapides progrès dans le chant, et se perfectionna si promptement, qu'elle-même se trouva en état de donner les leçons qu'elle venait de recevoir. Depuis un an et demi, elle professait le chant sans songer à embrasser la carrière théâtrale ; un jour, dans un concert donné par M. Boulanger, elle obtint un grand succès, et fut remarquée par M. Pacini, beau-père de Martin. L'Opéra-Comique était alors aux abois ; il demandait une jeune première au Conservatoire, à tous les échos il demandait une voix harmonieuse, un rossignol à tous les buissons ; Martin, instruit par son beau-père, écrit aux parents de mademoiselle Massy, il examine la jeune personne lui reconnaît les meilleures dispositions et mandataire officiel des désirs du public, et des besoins du théâtre, il l'engage à débuter. Mademoiselle Massy hésite, elle sent une espèce d'aversion pour le théâtre, elle demande le temps de réfléchir. Notre bon génie l'inspira sans doute, car, vaincue enfin par les conseils de son maître et de ses parents, elle se décida à un sacrifice dont sans doute elle se réjouit beaucoup aujourd'hui. M. Boulanger venait de partir en voyage, Martin s'empressa de le substituer pour faire apprendre à mademoiselle Massy son rôle de début, et comme nous l’avons déjà vu, il la présenta lui-même au public en bouquet d'adieu le 6 octobre 1832. Depuis ce temps, les progrès toujours croissants de mademoiselle Massy lui ont mérité et obtenu l'honneur d'être sociétaire du théâtre au bout de six mois ; mademoiselle Massy conserve beaucoup de reconnaissance pour M. Boulanger, son véritable maître et pour Martin dont les conseils l’ont décidée, dont les leçons l'ont perfectionnée ; et nous aussi nous remercions Martin, il nous a fait un véritable cadeau.

Pour compléter l'éloge de mademoiselle Massy, pour prolonger l'espérance des dilettanti, je n'ai qu'un mot à ajouter, mademoiselle Massy est née le 18 décembre 1815... Elle n'a pas dix-huit ans !!...

 

(Galerie Théâtrale, 1833)

 

 

 

Marie Hébert-Massy par Hilmar Johannes Backer vers 1840

 

 

Il y a deux jours ont eu lieu à Toulouse les obsèques de Mme Hébert-Massy, professeur au Conservatoire de musique de cette ville.

Cette artiste laisse un nom qui ne réveille que peu de souvenirs chez les journalistes parisiens, mais qui, cependant, brilla d'un certain éclat dans le monde des théâtres. Il est vrai qu'il y a si longtemps !

Mme Hébert, alors Mlle Massy, était pensionnaire de l'Opéra-Comique il y a plus de quarante ans : c'est elle qui créa le joli rôle de Nicette, dans le Pré-aux-Clercs.

Mlle Massy, que distinguaient une remarquable virtuosité de cantatrice et un charmant talent de comédienne, après un court séjour à l'Opéra-Comique, partit pour la province où elle fit une brillante carrière de chanteuse légère. Elle reparut il y a une vingtaine d'années à Paris, à la Porte-Saint-Martin, dans la Faridondaine, drame-vaudeville dans lequel Adam et M. de Groot avaient introduit pour elle une partie musicale qui contribua considérablement au grand succès de la pièce.

Mariée au chanteur Hébert, qui remplissait avec succès l'emploi des basses en province, l'artiste se retira ensuite à Toulouse, où elle s'était consacrée au professoral.

Tous les professeurs et les élèves du Conservatoire ont assisté à ses obsèques. Le deuil était conduit par M. Hébert-Massy, capitaine adjudant-major, son fils.

Mme Hébert-Massy était la belle-sœur du chanteur Audran, que nous avons connu à 1'Opéra-Comique, actuellement un des professeurs les plus estimés du Conservatoire de Marseille.

(le Figaro, 17 mai 1875)

 

 

 

 

 

Chanteuse fort distinguée, qui eut son heure de gloire, sinon de célébrité, s'appelait Giacomasci, et fut connue d'abord sous le nom de Mlle Massy, jusqu'au jour où elle épousa le chanteur Hébert, son camarade de l'Opéra-Comique, dont elle joignit le nom au sien. Mlle Massy débuta à ce théâtre vers 1832, et son succès fut tel qu'elle fut presque immédiatement reçue sociétaire. Un critique disait d'elle en 1833 : « Mlle Mass débute à peine, et sa réputation est déjà colossale. Nous craignons que des éloges exagérés ne nuisent au développement du talent précoce de cette jeune actrice, dont la voix a besoin d'être ménagée, et à laquelle on confie des rôles qui sont un peu au-dessus de ses forces. Mlle Massy a des rôles importants dans tous les ouvrages nouveaux. Elle s'acquitte parfaitement de ceux qui lui ont été confiés dans le Pré-aux-Clercs (c'est elle en effet qui créa le joli petit rôle de Nicette), Ludovic, la Prison d'Edimbourg et le Proscrit ; mais elle consulte peut-être plus son zèle que ses forces en se constituant ainsi l'atlas du théâtre dont elle fait partie. » Malgré son très grand succès, Mme Hébert-Massy ne resta que trois ou quatre ans à l'Opéra-Comique, et bientôt s'en alla dans les grandes villes de la province et de l'étranger, où elle retrouva la faveur du public. En 1847, elle revint à Paris et fit une courte apparition à l'Opéra, où elle se montra dans Lucie de Lammermoor ; puis comme elle joignait à son talent de chanteuse de très réelles facultés de comédienne, elle fut engagée au théâtre de la Porte-Saint-Martin, où l'on fit pour elle un grand drame mêlé de musique, la Faridondaine, dans lequel Adolphe Adam lui tailla un rôle musical très développé. La pièce et la cantatrice attirèrent la foule à ce théâtre pendant plusieurs mois, et cependant Mme Hébert-Massy, à part une nouvelle et courte apparition quelle fit vers 1853 à l'Opéra, où, entre autres rôles, elle chanta celui de Bertha dans le Prophète, ne trouva pas le moyen de se faire engager sur une de nos grandes scènes lyriques. Elle se retira alors à Toulouse, et fut bientôt nommée professeur au Conservatoire de cette ville. Elle y est morte au mois de mai 1875, âgée de soixante-deux ans.

(François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, suppl. d’Arthur Pougin, 1878-1880)

 

 

 

 

 

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