Gaston VILLEMER

 

 

 

Louis Michel Germain GIRARD dit Gaston VILLEMER

 

parolier et librettiste français

(Annonay, Ardèche, 20 novembre 1842* – Paris 8e, 22 juin 1892*)

 

Fils de Germain GIRARD (1818 –), mégissier, et d'Annette CÔTE (1818 –).

 

 

Il a écrit avec Lucien Delormel les Chansons d'Alsace-Lorraine : Alsace-Lorraine ; le Maître d'école alsacien ; Une Tombe dans les blés ; la Lettre de l’enfant ; Ne dansez plus, des Français dorment là ! ; etc.

Il s'est suicidé d'un coup de révolver chez lui, au 5e étage du 93 boulevard Haussmann à Paris 8e ; il était célibataire et âgé de quarante-neuf ans.

 

 

 

œuvres lyriques

 

M'Ame Nicolas, opérette en 1 acte, musique de Frédéric Barbier (Eldorado, 1873)

la Fête de Madame Denis, opérette en 1 acte, avec Jules Rieux, musique de Frédéric Barbier (Alcazar d'été, 1875)

le Voyage du petit marquis, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Fantaisies-Oller, 05 octobre 1876)

Un mari dans la serrure, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de F. Wachs (Eldorado, 1876)

Une fille à trucs, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique d’A. de Villebichot (Eldorado, 1876)

Une lune de miel normande, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Desormes (Eldorado, 1876)

la Jeunesse de Béranger, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Eldorado, 20 janvier 1877)

le Cornette, opérette en 1 acte, avec Lucien Delormel et Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Eldorado, 1877) => partition et livret

le Moulin des amours, opérette, avec Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Eldorado, 25 janvier 1878) => partition et livret

Une aventure de Clairon, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Eldorado, 23 novembre 1878) => partition

Une poule mouillée, opérette en 1 acte, avec Auguste Jouhaud et Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Concert du XIXe siècle, 21 décembre 1878)

les Deux parfaits notaires, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Frédéric Barbier (Bouffes-Parisiens, 1878)

Un mari à l'essai, opérette en 1 acte, avec Louis Péricaud, musique de Firmin Bernicat (Concert du XIXe siècle, vers 1878)

la Noce à Suzon, opérette en 1 acte, avec Jouhaud, musique de Frédéric Barbier (Alcazar d'été, 1880)

 

chansons

 

Chansons d'Alsace-Lorraine (les), avec Lucien Delormel (1885) => paroles

Lorraine-Alsace, duo, musique de Paul Fauchey

 

 

    

 

Lorraine-Alsace (par. Gaston Villemer / mus. Paul Fauchey)

 

 

 

 

 

Un solo de flûte

monologue de Gaston Villemer

 

Je viens jouer, mesdames et messieurs,

Le grand solo de flûte du programme.

(Il souffle dans sa flûte des deux côtés.)

Fuitt !... fuitt !...

(Sa flûte sous le bras.)

Pardon ! avant tout je réclame

Votre indulgence... oui, soyez généreux,

J'en ai besoin, beaucoup... Je vais vous dire :

Je n'entends rien, mais rien à l'instrument.

Vous allez voir : un massacre, un martyre...

Que voulez-vous ? Je viens par dévouement.

Mon instrument à moi, c'est le trombone,

Oh ! celui-là, j'en mouille... un vrai succès...

Mais, direz-vous ?... Sans doute, elle est bien bonne !

Oui, j'aurais dû jouer ce que je sais...

Oui, mais voilà... remarquez qu'au programme

Déjà figure un trombone très fort.

Je le connais... un confrère... et bédame !

Je ne peux pas enfin lui porter tort...

Je m'en allais pour supprimer la lutte,

Quand tout à coup le régisseur me dit :

« Mais rentrez donc... vous jouerez de la flûte

Notre flûtiste à l'instant s'est dédit ! »

Sur le moment, j'étais presque en colère.

« Eh bien, mais... quoi ! répond le régisseur,

Ce bon public, il s'agit de lui plaire,

Il est charmant et prend tout en douceur... »

— Charmant ! charmant ! oui, je vous l'entends dire...

Mais à la flûte… enfin, je n'entends rien...

— Bah ! lui non plus, me répond-il sans rire.

Allons ! allons ! jouez... tout ira bien...

Que voulez-vous ? Là, de ce diable d'homme,

Je n'ai jamais pu me débarrasser...

Bon gré mal gré j'ai dû venir. En somme,

C'est un quart d'heure un peu dur à passer !

C'est justement un solo difficile...

Mais ça n'y fait, parbleu ! ni haut ni bas !

Puis maintenant, là, je suis bien tranquille,

Vous êtes tous avertis, n'est-ce pas ?

A cet aveu dépouillé d'artifice

Vous n'allez pas m'envoyer des trognons...

Je suis modeste, on me rendra justice...

Donc... allons-y... voici... nous préludons.

(Il embouche et s'arrête aussitôt.)

Ah ! si j'avais seulement mon trombone

J'aurais bientôt fait de vous enlever...

Mais bah ! tant pis ! il y a mal donne...

Une autre fois... je cous promets de l'apporter.

(Il embouche. — Même jeu. — Expliquant.)

Le Pré-aux-Clercs — grand solo d'ouverture —

Pardon, je dois vous préparer un peu.

Etant donné mon défaut d'embouchure,

Vous pourriez bien n'entendre que du bleu.

Le Pré-aux-Clercs ! C'est très joli... ça sonne...

Certes, la flûte y trouve son effet.

Oui, mais… ah ! non : qu'on me passe un trombone !

Vous allez voir : c'est autrement parfait.

Non ! vous allez voir ça... Je vous en prie,

Vous n'auriez pas un trombone sur vous ?

Vous... oh ! pardon, monsieur... non, je m'oublie...

C'est un peu gros, mais c'est si pur, si doux !

Ah ! je comprends pourquoi mon pauvre père

Ne voulait pas en entendre parler.

— Réfléchis bien, me disait-il, j'espère

Que dans le monde, un jour, tu veux aller ?

Un instrument pareil est incommode,

Dans les salons on n'en veut plus du tout...

Mais la flûte, elle, est toujours à la mode :

C’est si petit... on peut passer partout !

Ah ! pauvre vieux ! la prudence en personne...

Il m'aimait bien... moi, je l'aimais aussi...

Oui, mais voilà... J'adorais le trombone...

Je crois d'ailleurs que ça m'a réussi...

Vous comprenez, certes, ma préférence...

La flûte...

(Il souffle.)

Huit ! huit ! là, qu'est-ce que ça dit ?

Mais le trombone... ah ! quelle différence !

(Faisant mine de jouer.)

Coua ! coua ! coua ! coua ! c'est ça qui vous séduit !

C'est ça qui chante et qui vous a de l’âme !

Pour résister il faudrait être sourd !

Ah ! oui, tenez ! je connais une femme…

Ne partez pas ! attendez ! c'est très court...

Le mois dernier, dans ma chambre, au cinquième,

Je répétais mon grand air du Chalet,

Lorsque d'en face, ô surprise suprême !

J’entends quelqu'un répéter mon couplet.

Vous comprenez que je me précipite...

Et j'aperçois une femme aux doux yeux

Qui, d'un regard, les mains jointes, m’invite

A répéter mon air harmonieux

Je recommence et je l'entends encore

Qui de sa voix caressante me suit.

Ah ! pour le coup, l’ivresse me dévore...

C'est mon trombone enfin qui la séduit !

Quand j'ai fini, je cours à la fenêtre,

Et je salue une main sur mon cœur…

Elle y répond par ces mots : ô mon maître !

C'est assez clair, je crois, j'étais vainqueur !

Depuis ce jour c'est l'idylle divine,

Matin et soir, au signal amoureux,

Je vois là-haut accourir ma voisine.

Je ne prends plus le la que dans ses yeux.

Oui, c'est divin... c'est idéal... personne

N'a pu rêver rien de plus séduisant...

Et tout cela, pourquoi ? Pour mon trombone !

Et je jouerais de la flûte à présent !

Ah ! non ! non ! non ! Je veux rester fidèle...

La flûte... non ! n'exigez pas cela...

Mais… à propos, je crois, je me rappelle

Oui, je suis même ici venu pour ça...

Je l'ai promis... Je n'ai qu'une parole...

J'ai le respect du cachet... m'y voici !

(Il embouche.)

Non... franchement... Messieurs, ça me désole...

Un massacre...

(Coup de timbre.)

Hein ?... Ah ! oui, j'y suis... Merci !

Le régisseur... oui, c'est lui qui me sonne.

Excusez-moi : les moments sont comptés...

Mais j'en suis sûr, vous serez enchantés :

C'est le tour du trombone.

 

 

 

 

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