Eugénie MONROSE

 

Eugénie Monrose dans la Circassienne (Olga)

 

 

Marie Eugénie BARIZAIN dite Eugénie MONROSE

 

soprano français

(La Nouvelle-Orléans, Etats-Unis, 14 novembre 1835 – Paris 16e, 11 décembre 1913*)

 

Fille de Charles BARIZAIN (Bordeaux, section nord, Gironde, 31 août 1804 [13 fructidor an XII]* – en Louisiane, 07 février 1848) et de Joséphine SALOMON (Colmar, Haut-Rhin, 1806 – 13 mars 1871).

Epouse à Orléans, Louisiane, États-Unis, le 06 décembre 1853 (puis divorce) Louis Villeneuve PORCHE (Pointe-Coupée, Louisiane, 1831 – La Nouvelle-Orléans, 21 avril 1903).

Parents de Justina L. PORCHE (1856 –).

Son père est le fils naturel de Claude Louis Séraphin BARIZAIN dit MONROSE (Besançon, Doubs, 06 décembre 1783 – Montmartre, Seine [auj. Paris 18e], 20 avril 1843*), comédien, et de Christine FABRE. Il est le demi-frère de Louis BARIZAIN dit MONROSE fils [époux de Marie DROUART, soprano], et d’Eugène MONROSE [époux de Marie Florentine CHOLLET-MONROSE, actrice].

 

 

Elle étudia avec Duprez et Mocker. Elle débuta le 22 septembre 1859 à l’Opéra-Comique, où elle créa notamment la Circassienne d'Auber. Parallèlement, à Baden-Baden, elle créa le 31 juillet 1861 les Deux amours de Gevaert, et, le 09 août 1862, Béatrice et Bénédict (Héro) d’Hector Berlioz. En octobre 1862, elle débuta au Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles dans le Songe d’une nuit d’été, où elle chanta le Domino noir (Angèle), ainsi que les premières suivantes : le 27 octobre 1862 Lalla-Roukh (Lalla-Roukh) de Félicien David ; le 03 février 1863 la Chatte merveilleuse (Féline) d’Albert Grisar ; le 23 mai 1863 le Roman d’Elvire (marquise de Villa Bianca) ; le 07 avril 1863 le Joaillier de Saint-James (marquise de Richmond). De retour à l’Opéra-Comique en septembre 1863, elle quitta ce théâtre en 1866. En 1869, elle débuta au théâtre de Strasbourg en tant que première chanteuse légère, où son contrat fut résilié. Elle revint brièvement à l’Opéra-Comique en 1871 pour repartir à la Monnaie de Bruxelles. En 1880 et 1881, elle ouvrit un cours de chant à Blois. En 1884, elle fut nommé professeur de chant au conservatoire populaire de Pau. Elle avait renoncé de bonne heure au théâtre.

Elle est décédée à soixante-dix-huit ans dans la Fondation Rossini, 29 rue Mirabeau à Paris 16e, où elle avait été admise.

 

Elle ne doit pas être confondue avec l’actrice Marie Florentine CHOLLET-MONROSE, qui a épousé Eugène MONROSE.

 

=> Procès en résiliation d’engagement intenté par Émile Marck contre Eugénie Monrose.

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle débuta à la 2e salle Favart le 22 septembre 1859 dans le Songe d'une nuit d'été (la reine Elisabeth).

 

Elle y créa le 24 février 1860 le Roman d’Elvire (la marquise de Villa-Bianca) d’Ambroise Thomas ; le 02 février 1861 la Circassienne (Olga) d’Esprit Auber ; le 17 février 1862 le Joaillier de Saint-James (la marquise de Richmond) d’Albert Grisar ; le 05 novembre 1864 le Trésor de Pierrot (Lucette) d’Eugène Gautier.

 

Elle y chanta les Diamants de la couronne (1862) ; le Pardon de Ploërmel (Dinorah, 1862) ; le Pré-aux-Clercs (Isabelle, 1863) ; Lara (Camille).

 

 

 

 

Pourquoi mademoiselle Monrose est-elle entrée à l'Opéra-Comique ? Qui m'expliquera cette charade ? Personne.

Felix qui potuit rerum cognoscere causas.

Un profil de casse-noisette, le port d'une reine, voilà tout, et c'est bien peu. Il ne faut pas parler de sa voix ou de son talent ; vous savez bien que les absents ont toujours tort. Taisons-nous, elle a remplacé mademoiselle Baretti dans Lara, et elle était loin de la valoir. Or, ne pas valoir Baretti…

(Yveling Rambaud et E. Coulon, les Théâtres en robe de chambre : Opéra-Comique, 1866)

 

 

« De très beaux yeux, une physionomie intéressante et une bouche un peu sérieuse font de Mlle Monrose une femme charmante qui dispose immédiatement le public en sa faveur, disait P. Scudo. Sa voix est un soprano aigu, d'une étendue de deux octaves, qu'elle parcourt avec intrépidité par une vocalisation sûre et vigoureuse. » Pendant huit ans, Mlle Monrose a tenu dignement à l'Opéra-Comique l'emploi de première chanteuse. Son talent original s'accommodait surtout des créations qui permettent à une artiste de rester elle-même sans s'inquiéter des traditions.

(Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1876)

 

 

La reprise du Domino noir ne fut pas favorable à Mlle Monrose. Son talent placide ne s'accommodait guère d'un rôle comme celui d'Angèle, qui exige tant de finesse et des tons si variés dans l'interprétation. Un regrettable incident signala la fin de cette soirée. A la chute du rideau, une partie du public se mit à applaudir, l'autre protesta par quelques chut énergiques. Les applaudissements se prolongeant, la toile se relève, et Mlle Monrose, accompagnée de Jourdan, vient saluer le public, croyant à un rappel. Les deux artistes sont accueillis par une bordée de sifflets, dont le premier effet sur Mlle Monrose se traduisit en une syncope. La malheureuse artiste fut transportée au foyer, et l'on eut toutes les peines du monde à la ramener chez elle, où elle resta alitée, plusieurs jours.

(Jacques Isnardon, le Théâtre de la Monnaie, 1890)

 

 

 

 

 

 

 

A la Fondation Rossini : un entretien avec Mlle Monrose

Une aimable vieille, au visage doux et fin sous ses cheveux tout blancs : c'est Mlle Monrose, l'ancienne « prima donna » de l'Opéra-Comique. Il faut voir avec quel soin touchant elle conserve les partitions, ornées de précieuses dédicaces, qui lui rappellent ses anciennes créations !

 

 

Comment finissent les rois du théâtre.

[A la Fondation Rossini]

Je quitte M. Morlet pour une ancienne prima donna de l’Opéra-Comique, Mlle Monrose, petite-fille et nièce de ces Monrose qui comptent parmi les gloires du Théâtre-Français. La figure douce et fine sous ses cheveux tout blancs, elle me montre, avec une émotion heureuse, les partitions qu’elle créa jadis, et me fait déchiffrer les signatures illustres qui les rendent singulièrement plus précieuses à ses yeux.

« Tenez, me dit‑elle, voici une dédicace d'Auber. Cette autre est de Berlioz. Ici la signature de notre fondateur Rossini, et là celle d'Halévy. En voilà deux qui ne s'aimaient pas ! Connaissez-vous l'histoire de l'orgue de Barbarie ?

— Je ne demande qu'à la connaître. »

Et Mlle Monrose me conte l'amusante anecdote que voici. Un jour, un de ces orgues populaires vient s'installer sous les fenêtres de Rossini, et se met à écorcher, de la façon la plus abominable, une fantaisie sur Guillaume Tell. Exaspéré de voir son œuvre ainsi massacrée, le grand compositeur jette une pièce blanche au propriétaire de l'orgue, avec l'ordre dûment signifié d'aller déchirer les oreilles ailleurs. Soudain, une idée lumineuse lui vient :

« Votre orgue joue-t-il la Juive d'Halévy ?

— Oui, certes.

— Eh bien, voilà encore cent sous. Mais vous irez, de ce pas, jouer la Juive sous les fenêtres de son auteur. »

A quoi l’industriel ambulant aurait, paraît-il, répondu :

« Impossible, monsieur Rossini, c'est déjà M. Halévy qui m'envoie. »

Ainsi, chez mon aimable interlocutrice, s'éveillent toute sorte de vivants souvenirs.

 

(Lectures pour tous, avril 1910)

 

 

 

 

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