Raoul GUNSBOURG

 

 

 

Raoul Samuel [Sammy] dit Raoul GUNSBOURG

 

compositeur et directeur de théâtre

(Bucarest, Roumanie, 06 janvier 1860 – Monte-Carlo, 31 mai 1955), enterré au Père-Lachaise (96e division).

 

Epouse Aline Françoise Andrée LETURC, fille du colonel LETURC.

 

 

Il est né en Roumanie de parents français. Il n'avait que treize ans et demi lorsqu'il se fit, tout au début de ses études médicales, enrôler dans la Croix-Rouge russe pendant la guerre russo-turque de 1877-1878. Il y joua un rôle aussi brillant qu'inattendu. A l'attaque de Nikopol, une partie des 18e et 123e régiments d'infanterie russe ayant perdu tous ses officiers, il se mit à leur tête et enleva d'assaut une des redoutes qui couvraient la place (15 juillet 1877). Dans la nuit qui suivit, les Turcs ayant fait une sortie, il se trouva un moment coupé du reste des troupes ; mais, lorsque les Turcs battirent en retraite, il se jeta à leur poursuite, et arriva, derrière eux, avec une poignée d'hommes, sur la brèche de la ville par laquelle ils étaient rentrés. Il s'y installa, et le lendemain sa présence à cet endroit laissa croire à l'état-major turc que l'avant-garde des Russes était maîtresse de la brèche. Cet incident devait amener la capitulation prématurée de la place. Gunsbourg avait reçu au cours des opérations un coup de baïonnette à l'aine gauche.

Après la clôture des hostilités, Gunsbourg vint à Paris, où il continua ses études médicales. Il ne devait retourner en Russie qu'en 1881, au moment de l'assassinat du tsar Alexandre II. Il se décida alors à faire du théâtre, bien accueilli d'ailleurs à la cour par le grand-duc Alexis et par le nouveau souverain lui-même. Il fonda à Moscou et à Saint-Pétersbourg les premiers théâtres français d'opéra, dont la vogue fut dès l'abord considérable. Sa carrière dramatique le conduisit ensuite dans diverses villes : il dirigea notamment les théâtres d'opéra de Lille (1889), de Nice (1891-1892), et enfin de Monaco (1893-1951), où il a pu accueillir et monter, avec un remarquable souci d'art, les œuvres capitales de l'opéra français contemporain. On lui doit une adaptation de la Damnation de Faust, ainsi que le livret et la musique d'un opéra : le Vieil Aigle, représenté avec succès à Monte-Carlo au mois de février 1909.

En 1898, il avait acheté le château de Cormatin (Saône-et-Loire). En 1909, il était maire de cette ville et habitait également 190 rue de Rivoli à Paris 1er.

 

 

 

 

œuvres lyriques

 

le Vieil Aigle, drame lyrique en 1 acte, livret et musique de Raoul Gunsbourg (Monte-Carlo, 13 février 1909 ; Opéra de Paris, 26 juin 1909) => fiche technique

Ivan le Terrible, opéra en 3 actes, livret et musique de Raoul Gunsbourg, orchestration de Léon Jehin, créé à la Monnaie de Bruxelles le  20 octobre 1910, sous la direction de Sylvain Dupuis, avec Mmes B. Lamare (Elena), J. Montfort (un innocent), MM. J. Bourbon (Ivan IV), Etienne Billot (le boyard Afanasie), L. Girod (Vladimir Petrowich), de Cléry (Bielsky Skouratoff), Lheureux (le pope), Dua (un paysan), Colin (un Dapifer). Représenté à la Gaîté-Lyrique en 1912 avec Léontine Willaume-Lambert. => partition

Parsifal, drame mystique en 3 actes, version française de Raoul Gunsbourg, musique de Richard Wagner (Monte-Carlo, 23 janvier 1913)

Venise, opéra en 3 actes et 4 tableaux, musique de Raoul Gunsbourg, orchestration de Léon Jehin, créé à Monte-Carlo le 08 mars 1913. Première à la Monnaie de Bruxelles le 08 novembre 1913 avec Mmes Marie Kousnezoff (Nelly Harfield), Viceroy, Cuvelier, Somers, Prick, MM. Rousselière (Jean Nérom), Ponzio (Mareuil), Demarcy, Dua, Dufranne, Valata, Vinck.

Maître Manole, opéra en 3 actes, musique de Raoul Gunsbourg (Monte-Carlo, 17 mars 1918)

Satan, opéra en 9 tableaux, musique de Raoul Gunsbourg (Monte-Carlo, 20 mars 1920)

Lysistrata, opéra en 3 actes, musique de Raoul Gunsbourg (Monte-Carlo, 20 février 1923, avec Yvonne Gall et Vanni-Marcoux)

Contes d'Andersen, opéra-féerie en 3 actes et 5 contes, livret de Raoul Gunsbourg, musique d'Edvard Grieg (Monte-Carlo, mars 1938)

les Dames galantes de Brantôme, opéra en 5 scènes, musique de Raoul Gunsbourg, Maurice Thiriet et Henri Tomasi (Monte-Carlo, 12 février 1946)

 

 

 

 

 

 

 

 

San-Remo (7 janvier). On mande de Bordighiera que Mme Cosima Wagner, veuve de Richard Wagner, accompagnée de sa fille et de son gendre M. Stewart Chamberlain, venant de Bayreuth, est descendue cet après-midi dans un hôtel de cette ville. On attend également l'arrivée de M. Siegfried Wagner, qui viendrait se concerter avec sa famille sur les moyens à employer pour empêcher que Parsifal ne soit représenté à Monte-Carlo. On sait que les organisateurs de la représentation soutiennent cette thèse qu'ils ont le droit d'exécuter l'œuvre du compositeur allemand, attendu qu'en admettant même qu'elle ne soit pas tombée dans le domaine public, il s'agit d'une représentation qui sera donnée exclusivement sur invitations et non d'une représentation publique. De toutes façons, M. Raoul Gunsbourg n'en annonce pas moins imperturbablement la répétition générale de Parsifal pour le 20 janvier et la première représentation pour le 23.

(le Ménestrel, 11 janvier 1913)

 

 

 

 

 

de g. à dr. : Richard Strauss, sa femme, son fils, Raoul Gunsbourg et Clemens Krauss dirigeant, à la première d'Arabella à Monte-Carlo en 1934, dessin de Dolbin

 

 

 

[Raoul Gunsbourg parle de Chaliapine.]

 

Ce colosse de stature n'avait qu'une petite voix de basse, mais assez jolie dans la demi-teinte et dont il savait se servir à merveille, car il était d'une intelligence et d'une roublardise qui frisait le summum.

 

Il se connaissait bien et connaissait ses moyens, chose très rare chez un artiste.

 

Tout de suite, il avait compris ce qu'il pouvait tirer de sa stature et de sa petite jolie voix et surtout ce qu'il n'en pouvait pas tirer.

 

Au théâtre, trois genres de scènes portent toujours sur le public : la mort, l'ivresse et la folie. Dans ces scènes, point n'est besoin de voix ni de talent supérieur. Un artiste quelconque se fera toujours applaudir s'il a de ces scènes à jouer.

 

Ainsi Chaliapine laissait-il les autres s'escrimer et se fatiguer dans des rôles de basses chantantes, tels que les Wotans de la Tétralogie, les Hans Sachs des Maîtres chanteurs ou les Marcels, les Brogni du répertoire romantique.

 

A quoi bon se surmener et s'exposer à des comparaisons désobligeantes ? Il a tout de suite vu le parti qu'on peut tirer de Boris Godounov et du Prince Igor.

 

Dans Boris, sur les neuf tableaux qui composent l'opéra, Boris ne paraît que dans deux et, dans ces deux tableaux, il y a une scène de folie et une autre de mort. Dans l'une et l'autre, nul besoin de grande voix, au contraire, dans celle de la mort la jolie petite voix dans la demi-teinte pouvait faire grande impression.

 

Dans le Prince Igor, il n'y a également que deux scènes pour le rôle du prince Galitzki, deux scènes d'ivresse. Pendant toute sa carrière, Chaliapine s'est pratiquement tenu à ces deux rôles.

 

(Raoul Gunsbourg, Cent ans de souvenirs... ou presque, 1959)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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