Emma CALVÉ

 

Emma Calvé dans l'acte III d'Hérodiade (Salomé) au Théâtre de la Gaîté en octobre 1903

 

 

Rosa Noémie Emma CALVET dite Emma CALVÉ

 

soprano dramatique français

(Decazeville, Aveyron, 15 août 1858* – Millau, Aveyron, 05 janvier 1942*)

 

Fille de Justin Etienne CALVET (1824 –), entrepreneur, et d'Adèle Léonie ASTORG (1825 –).

Epouse dans le New Jersey, Etats-Unis, le 04 février 1911 (divorce en 1921) Eugène Galileo GASPARI, ténor italien (1875).

Sœur d'Adolphe Charles Edouard CALVET (1869 ) enseigne de vaisseau [père d'Elie Emmanuel Eugène CALVET (Aurillac, Cantal, 21 juillet 1904* Paris, 02 juillet 1929), premier prix de comédie au Conservatoire].

 

 

Elle se rendit à Paris, où elle fut élève de Jules Puget. Elle débuta à Nice, dans une représentation à bénéfice. Engagée au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, elle y débuta le 25 septembre 1882 dans Faust (Marguerite), bénéficiant des conseils de Caroline Miolan-Carvalho, spécialement dans le domaine du phrasé, puis y joua Hérodiade et Robert le Diable. Rentrée à Paris, elle étudie avec Mathilde Marchesi, qui lui transmet l’héritage du bel canto italien. Le 16 décembre 1884, Victor Maurel lui confia le rôle de Bianca dans Aben-Hamet de Théodore Dubois au Théâtre-Italien à Paris. Elle chantera ensuite à ce théâtre les Pêcheurs de perles (Leïla) le 20 avril 1889. Elle passa à l'Opéra-Comique pour y créer le 11 mars 1885 le Chevalier Jean de Joncières (Hélène), et y reprit Zampa, l'Eclair, les Noces de Figaro, Lalla Roukh et la Flûte enchantée. Mais c'est en Italie, à Milan, à Naples, à Rome, à Florence, qu'Emma Calvé devait conquérir la renommée qui s'est attachée à son nom. Elle y chanta surtout le répertoire français et se fit acclamer particulièrement dans Hamlet, tout en se montrant dans plusieurs ouvrages italiens : Flora mirabilis de Samara (Scala de Milan, 1884), l'Amico Fritz, de Pietro Mascagni (Teatro Costanzi de Rome, 31 octobre 1891), etc. Après quelques années passées en Italie, elle partit pour l'Amérique, où elle obtint de grands succès, revint en Europe pour se faire entendre à Londres, au théâtre de Covent Garden, puis, en 1892, rentre à l'Opéra-Comique pour y jouer Carmen (elle triomphe dans ce rôle et le chantera le 23 décembre 1904 pour la 1000e) et Cavalleria rusticana (Santuzza), deux interprétations qui resteront légendaires, ainsi que la Navarraise, de Massenet, qu’elle avait créé le 20 juin 1894 au Covent Garden de Londres. Ses qualités de comédienne, sa voix superbe, son talent de cantatrice, la firent encore choisir par Massenet pour créer en 1898 à l’Opéra-Comique Sapho, qu'elle interpréta d'une façon remarquable. Elle y a encore interprété, en 1902, la Carmélite de Reynaldo Hahn. Elle abandonna la scène en 1910, se retira au château de Cabrières, près de Millau, qu’elle avait acheté en 1894. Elle était attirée par l'occultisme et l'ésotérisme. Elle s’est parfois fait appeler Calvé de Roquer, mais ce n’est qu’un titre fantaisiste. En 1929, la mort de son neveu Elie Calvet, qu'elle considérait comme son fils, l'a profondément attristée. Elle lui a dédié ses Mémoires, publiés en 1940 : Sous tous les cieux j'ai chanté. Elle fut nommée chevalier de la Légion d'honneur le 25 septembre 1931, ayant Philippe Montégut comme parrain.

En 1895, elle habitait 45 avenue Montaigne à Paris 8e ; en 1931, 9 rue d'Artois à Paris 8e.

 

=> sa discographie

 

 

 

Emma Calvé dans Carmen (Carmen), par Henri Cain

 

Emma Calvé, pastel d'Henri Cain

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Elle a débuté le 11 mars 1885 en créant le Chevalier Jean de Victorin Joncières (Hélène).

 

Elle a chanté : Zampa ; l'Eclair ; les Noces de Figaro (la Comtesse) ; Lalla Roukh ; la Flûte enchantée (Papagéna) ; Carmen (Carmen, 1892).

 

Elle a participé à la première le 19 janvier 1892 de Cavalleria rusticana (Santuzza) de Pietro Mascagni [version française de Paul Milliet] ; le 24 avril 1893 des Pêcheurs de perles (Leïla) de Georges Bizet ; le 03 octobre 1895 de la Navarraise (Anita) de Jules Massenet.

 

Elle créa également le 27 novembre 1897 Sapho (Fanny Legrand) de Jules Massenet ; le 16 décembre 1902 la Carmélite (Louise de La Vallière) de Reynaldo Hahn.

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Elle n'y chanta qu'une fois, en représentation, le 29 mai 1899, dans Hamlet (Ophélie).

 

 

 

 

Emma Calvé dans Carmen (Carmen) à l'Opéra-Comique en 1904

 

Emma Calvé dans Carmen (Carmen) à l'Opéra-Comique en 1904

 

 

Emma Calvé dans Carmen (Carmen) en 1904

 

Emma Calvé dans Carmen (Carmen)

 

 

 

 

 

Enfin, annonçons pour mars prochain les « débuts » à l'Opéra d'Emma Calvé ; la grande artiste n'a jamais, en effet, chanté à l'Académie de musique, qualifiée de « nationale » à cause, sans doute, de son ingéniosité louable à franciser les noms de théâtre de ses pensionnaires étrangers ; il est, en tous cas, piquant de voir Mlle Calvé « débuter » à l'Opéra, après avoir conquis une gloire universelle et affirmé jusqu'en Amérique la maîtrise de son incomparable talent. Pour le moment, il nous suffira de la complimenter d'une détermination qui, généreuse, sacrifie à l'art français les bénéfices millionnaires de la tournée Grau et nous assurera, au printemps, une interprète hors de pair. L'Ophélie de Hamlet sera son premier rôle ; deux ou trois autres viendront ensuite ; nos conjectures, même très bien informées, ne nous autorisent pas à les préciser mieux et ce serait être prophète trop facilement que de les proclamer, d'avance, sensationnelles, en présence d'une artiste de si unique valeur.

(Pierre-Barthélemy Gheusi, la Nouvelle Revue, 01 décembre 1898)

 

Ce qui m'intéresse particulièrement en cette très curieuse, très passionnée, très vibrante artiste, ce qui me la fait aimer, c'est moins le grand et sûr talent de chanteuse que le désir de se diversifier qui semble l'animer constamment... Où elle s'élève au plus haut, à mon sens, c'est quand elle s'efforce d'oublier qu'elle est chanteuse, chanteuse hors ligne, pour se métamorphoser, représenter des personnages différents, les vivre sur le théâtre autant de sa vie à elle que de leur vie à eux.

(Alfred Bruneau, le Figaro, avril 1899)

 

La croix d'Emma Calvé.

On a fêté, hier soir, dans l'intimité, la remise de la croix de la Légion d'honneur à l'illustre cantatrice Emma Calvé. Il n'y avait là que de vieux amis de celle qui fut une inoubliable Carmen, tous chanteurs... et du Midi ! Et cette petite cérémonie donna lieu à une émouvante évocation du passé.

Mouliérat – qui fut un des plus brillants ténors français et chanta à l'Opéra-Comique sous Carvalho – était venu exprès du Lot, son pays natal, où il vit retiré.

– Ah ! ma bonne amie, dit-il, en prenant Calvé dans ses bras, vous souvenez-vous lorsque nous jouions Lalla Roukh, il y a quarante ans ?

Et Montégut, ancienne basse chantante de l'Opéra et de l'Opéra-Comique – il y a bien longtemps aussi – Toulousain pur sang, ne put s'empêcher de trembler sa voix au beau timbre grave, lorsqu'il proféra la formule sacramentelle :

« Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés... »

Car c'est Montégut, parrain légionnaire, qui eut l'honneur d'épingler la croix sur la poitrine d'Emma Calvé.

Et puis Thomas Salignac, professeur au Conservatoire apporta son hommage parfumé d'accent méridional – il est natif du Gard :

– Avoir eu pour partenaire une Carmen telle que vous !...

A quoi Calvé répondit :

– Vous fûtes le plus beau, le plus ardent don José que j'aie connu !

***

Emma Calvé, originaire de l'Aveyron, raconta ensuite de savoureuses histoires, truffées de mots patois ; et elle rappela le temps où Mario Roustan, alors jeune homme celui-là même qui, aujourd'hui ministre, lui décerna le ruban rouge escaladait les murs de son château de Cabrières pour se promener sur les terrasses.

Elle nous annonça ensuite qu'elle venait de composer un scénario de film, accepté par une Société cinématographique, et dans lequel elle jouera ne soyons pas indiscret le rôle d'une dame vénitienne.

Tout au long de la soirée, ce fut de la part de cette extraordinaire artiste, qui met sa coquetterie à avouer ses soixante-dix ans, alors qu'elle en porte vingt de moins, une longue évocation de souvenirs : ses entretiens avec la reine Victoria, à Windsor, où se trouve encore aujourd'hui le buste de la chanteuse ; sa première entrevue avec Verlaine, amené chez lady de Grey, à Londres, par Oscar Wilde (« Oscar Wilde était un grand bel homme élégant et superbe. Verlaine un pauvre chien battu, avec des yeux d'enfant et une barbe mal peignée ») ; sa première rencontre avec Stéphane Mallarmé (« Il ne m'a dit que trois ou quatre phrases, mais je ne les oublierai jamais ») ; l'enthousiasme des Américains en 1916, lorsqu'elle chanta la Marseillaise (le dernier couplet : « Amour sacré... » à genoux et en pleurant) et récolta dans ses quêtes quinze cent mille francs qu'elle envoya à nos blessés...

Et quelle récompense pour nous lorsque cette admirable artiste remercia, hier soir l'Intransigeant de l'avoir signalée à l'attention de M. Mario Roustan, lui faisant ainsi attribuer le ruban rouge.

(Lyrica, janvier 1932)

 

 

 

 

 

Emma Calvé dans Hérodiade (Salomé) au Théâtre de la Gaîté en octobre 1903

 

 

 

 

Emma Calvé dans Cavalleria rusticana (Santuzza)

 

Emma Calvé dans Sapho (Fanny Legrand) de Massenet

 

Emma Calvé dans la Carmélite (Louise de La Vallière), lors de la création

 

Emma Calvé dans Hamlet (Ophélie)

 

 

Emma Calvé dans Hérodiade (Salomé) au Théâtre de la Gaîté en octobre 1903

 

 

 

 

Les grandes artistes du XIXe siècle.

Nous ne pouvions mieux clore cette série de « visites » à des illustrations du XIXe siècle, qui, durant trente-huit années du vingtième, ont perpétué, grandi leur gloire et se retrouvent aujourd'hui en pleine vitalité intellectuelle, qu'en cherchant à joindre cette cantatrice admirable — comédienne et tragédienne lyrique égale aux plus célèbres — qu'est Emma Calvé. Sa présence comme spectatrice à la belle représentation de Carmen, par quoi l'Opéra-Comique vient de célébrer le Centenaire de la naissance de Bizet, nous faisait plus impérieux encore le désir de recueillir de sa bouche quelques impressions, quelques souvenirs de sa prestigieuse carrière.

Las ! Fugitive, insaisissable, Emma Calvé, bientôt octogénaire (on le peut écrire puisqu'elle n'en fait pas mystère, s'en vantant même à l'occasion), se déplace avec une fougue si juvénile que les coups de téléphone dont on lac poursuit, retentissent dans des endroits où elle vient de passer, mais où il n'y a guère de chances de la toucher avant longtemps. Toutefois, sa vie artistique a eu un tel éclat qu'il n'est pas difficile à un de ses vieux admirateurs de s'en remémorer les étapes les plus marquantes et les documents abondent, qui permettent de le faire avec exactitude, sans que cela implique un ordre fastidieusement chronologique.

Emma Calvé est en réalité Emma de Roquer. Elle a fait fi de la particule et a rarement insisté sur son prénom. « Calvé » a sonné pendant cinquante ans comme une fanfare de triomphe, dans le vieux et dans le nouveau monde, et ce pseudonyme si simple s'est inscrit à tout jamais dans les fastes du théâtre. Gloire à Calvé !

La Nature — d'aucuns disent le Destin ou la Providence — se plaît à former de temps en temps des êtres exceptionnels, dans le meilleur comme dans le pire. C'est ainsi que, dans le meilleur, elle créa Emma Calvé. Beauté, intelligence, soif d'idéal, la jeune Emma, à seize ans, possédait tous ces dons, plus une voix divine et une âme supérieurement musicienne, disons mieux : musicale. Il n'y avait pas pour elle d'hésitation possible : elle était vouée à l'art lyrique. Mais comment aborder cette carrière difficile ? Venue de l'Aveyron natal avec sa famille qui n'était pas riche, la future étoile — elle savait qu'elle serait une étoile — résolut de se produire, de se faire entendre, de n'importe quelle manière. Ayant déjà, dans son léger répertoire, quelques morceaux d'opéras classiques, elle s'en fut, un jour d'auditions, à la Scala... de Milan ? Non, du boulevard de Strasbourg. Et quand vint son tour d' « auditionner », elle chanta un air de la Favorite. Eberlué en même temps que frappé d'admiration, le brave homme de régisseur qui écoutait la débutante, lui dit que « c'était mieux que bien », mais que cela ne convenait pas du tout au genre de l'établissement. Cet incident eut une suite heureuse, car la jeune fille chercha les conseils, la direction nécessaire, auprès d'une technicienne qualifiée qui fut Rosine Laborde. Et, un an après n'avoir pas été engagée au Café-concert de la Scala, Emma Calvé débutait dans un grand théâtre lyrique, la Monnaie, de Bruxelles, où elle chanta Marguerite, de Faust, interprétation qui lui valut le plus franc succès et la classa parmi les meilleurs soprani dramatiques. Peu après, elle étonnait le même public en affirmant sa maîtrise dans les falcons, en jouant Alice, de Robert le Diable. Cette voix souple, chaude, prenante, et d'une aussi rare étendue, permit à la jeune artiste d'aborder des rôles du répertoire totalement différents, et de se faire acclamer notamment dans Zampa et dans la Flûte enchantée, à l'Opéra-Comique où ses débuts furent un triomphe.

Alors, — et c'était vers 1885 — commença la merveilleuse carrière. L'Italie, pays du bel canto, l'appelle ; et c'est la Scala — celle de Milan — où se consacraient alors les grandes renommées. Après la Scala, Naples, Rome ; et puis, à Venise, première rencontre avec le génie de Bizet, dans les Pêcheurs de Perles.

Ce qui, déjà, faisait la particularité d'Emma Calvé, c'était, outre la grande habileté, la qualité vocale, le métier, enfin ; c'était, comme a dit en peu de mots un de ses panégyristes, « le sentiment, et dans le chant une émotion contenue, un foyer » inhabituels, qui donnaient à l'artiste sa personnalité, la distinguaient des virtuoses dont le talent est surtout le résultat d'un effort soutenu, d'un travail méthodique, appliqués à des dons physiques. Calvé charmait, étonnait à coup sûr le public, tout le public ; mais surtout, elle le remuait, elle le prenait aux entrailles, comme dans la comédie, les Réjane, les Bartet, les Granier. Aussi, l'ayant admirée dans la Navarraise, sur quelque scène italienne, Mascagni la voulut-il pour créer le rôle de Santuzza, de Cavalleria rusticana. Malin, et d'ailleurs bien conseillé par ses éditeurs, Mascagni sentait qu'à sa musique superficielle et faite uniquement pour l'effet, il fallait un élément qu'elle ne possédait pas, un élément de vraie passion, d'humanité, quelque chose qui fût la vie elle-même et que seule une interprète telle qu'Emma Calvé pouvait lui apporter. On sait quel fut, quel est encore le succès de Cavalleria, mais qu'on ne s'y trompe pas, il est dû en partie à l'apport d'Emma Calvé, à qui la qualification de créatrice put s'appliquer spécialement dans ce cas. Elle imprima si bien sa marque à ce rôle que toutes les chanteuses qui le jouèrent après elle ne purent que l'imiter et l'on ne voit pas bien une novatrice essayant de jouer Santuzza en dehors de la tradition Calvé.

Son amour de la vérité, qui conduisit plus tard la créatrice de Cavalleria à incarner avec un si rare bonheur la Sapho de Massenet, devait lui faire un jour, fatalement, jeter son dévolu sur Carmen. Il n'est pas, dans tout le répertoire lyrique, non seulement français, mais encore universel, de personnage si intensément, si véritablement vivant, réel, que celui de Carmen. Emma Calvé, possédant comme Galli-Marié les qualités vocales des soprani et des falcons, interpréta pour la première fois le rôle au Metropolitan de New York. Son jeu bouleversa nos amis américains avant d'enthousiasmer le public français. Ah ! que le pauvre Bizet n'a-t-il pu voir Calvé dans sa Carmen ! Et, puisqu'aussi bien est-ce à propos du Centenaire de ce génial musicien, préféré en fin de compte, par Nietzsche, à Richard Wagner, que nous évoquons la carrière d'Emma Calvé, on nous permettra, en manière de digression, d'apporter un témoignage appréciable dans la question de savoir si Bizet, avant sa mort, a eu ou non la joie de voir se dessiner la réussite de sa pièce. Ce témoignage est malheureusement négatif. Nous avons pu, en février 1935, nous entretenir avec un vieillard de 91 ans, aussi extraordinairement sain de corps que d'esprit. Paul Lhérie, mort l'année dernière, le ténor qui a créé brillamment Don José. Lhérie était un des meilleurs amis de Bizet. « Le grand compositeur, nous déclara-t-il formellement, s'en alla avec la conviction que Carmen resterait incomprise et j'ai la douleur de dire qu'il est mort désespéré. » Et Paul Lhérie insistait sur le mot « désespéré ». On a soutenu récemment le contraire et que Bizet avait entrevu le succès final : ad huc sub judice

Revenons à Emma Calvé. Un de ses biographes, en 1907, a écrit : « Qui ne sait les triomphes qu'elle y obtint (dans Carmen) en Amérique, ou les cantatrices, et les meilleures n'osent plus s'aventurer dans ce personnage à tel point que lorsque de New York à San Francisco on dit « Carmen », ce nom devient inséparable de celui de Calvé ? » Et notre auteur ajoute : « Il faudra que bien des années se passent et qu'une nouvelle génération se forme, qui n'ait pas entendu notre grande cantatrice, pour qu'une autre artiste puisse réussir dans ce personnage. » Soyons juste ; d'autres artistes, depuis Calvé, ont chanté Carmen avec talent ; mais la force du chef-d'œuvre n'a-t-elle pas été de plus en plus la cause dominante du succès ?

Calvé s'est retirée du théâtre alors que le public ne lui avait rien ôté de sa faveur et de son admiration, parce qu'un soir, venant de chanter Carmen elle se rendit compte devant la glace de sa loge « qu'elle n'était plus assez svelte pour donner de la vérité au rôle de la gitane ». C'est le regretté Louis Schneider qui nous a conté cela. N'est-ce pas admirable de conscience artistique ? L'actrice lyrique se fit cantatrice de concert. Et aussi, elle voyagea, car elle aime les déplacements, la diversité des logis ; à un moment donné, elle avait plusieurs résidences, dont le château de Cabrières, dans son Aveyron natal. Elle l'a vendu il y quelques années, quand celui à qui elle le destinait, son neveu et héritier qui avait pris lui aussi le nom de Calvé, est mort subitement en scène, en concourant pour la comédie au Conservatoire...

Et Emma Calvé, dont les souvenirs innombrables peuplent la solitude, achève sa vie dans la sérénité, avec la satisfaction du devoir glorieusement accompli.

(Léon Abric, le Monde illustré, 05 novembre 1938)

 

 

 

 

 

une lettre d'Emma Calvé

 

 

 

 

 

 

 

 

le château de Cabrières, près de Millau, qu'Emma Calvé acheta en 1894

 

 

 

 

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

extrait de l'acte I de Carmen de Bizet

Emma Calvé (Carmen) et Piano

 

 

 

Chanson bohême "Les tringles des sistres tintaient"

extrait de l'acte II de Carmen de Bizet

Emma Calvé (Carmen) et Orchestre

Victor 88124, mat. C6042-1, enr. aux USA le 20 mars 1908

 

 

 

Couplets du Mysoli "Charmant oiseau"

extrait de l'acte III de la Perle du Brésil de David

Emma Calvé (Zora), Piano et Darius Lyons (flûte)

Victor 88087, mat. C4425-1, enr. aux USA le 22 avril 1907

 

 

 

"Mon cœur soupire"

extrait de l'acte II des Noces de Figaro de Mozart (version française)

Emma Calvé (Chérubin) et Orchestre

Pathé saphir 0288, mat. 2291, enr. Paris juin/juillet 1920

 

 

    

 

Air de la Lettre "O mon cher amant"

extrait de l'acte I de la Périchole d'Offenbach

Emma Calvé (la Périchole) et Orchestre

Pathé saphir 0289, mat. 2349, enr. Paris juin/juillet 1920

 

 

    

 

Barcarolle

mélodie (Théophile Gautier / Charles Gounod)

Emma Calvé et Piano

Pathé saphir 0289, mat. 2370, enr. Paris juin/juillet 1920

 

 

Voir également les enregistrements d'Enchantement !, Hérodiade (acte I "Il est doux, il est bon"), Sapho (acte IV "la Séduction"), Sérénade du passant, et ceux de Charles Dalmorès

 

 

 

 

 

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