Eugène BATAILLE

 

Eugène Bataille en 1879 [photo F. Mulnier]

 

 

Edmond Prosper Eugène Léopold BATAILLÉ, devenu par jugement du 05 mars 1863 BATAILLE, dit Eugène BATAILLE

 

basse française

(Toulouse, Haute-Garonne, 01 janvier 1830* – Castelnaudary, Aude, 08 novembre 1895*)

 

Fils de Prosper BATAILLÉ (Castelnaudary, 14 novembre 1799 –), tanneur, et de Catherine MENGAUD (Toulouse, 19 mai 1799 –), mariés à Toulouse le 23 août 1826.

 

 

Il a chanté notamment à la Monnaie de Bruxelles durant la saison 1860-1861 [où il chanta la première de Faust (Méphistophélès) de Gounod le 25 février 1861], à l'Opéra-Comique puis à l'Opéra de Paris.

Il est décédé en 1895, célibataire, à soixante-cinq ans, en son domicile, 2 rue Brisée à Castelnaudary.

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra-Comique

 

Il y débuta le 05 septembre 1863 dans le Caïd (le Tambour-major).

 

Il y créa le 11 janvier 1864 la Fiancée du roi de Garbe (Kouli-Rouka) d'Esprit Auber ; le 05 février 1866 Fior d'Aliza (Antonio) de Victor Massé ; le 17 novembre 1866 Mignon (Lothario) d'Ambroise Thomas.

 

Il y participa à la première le 07 juin 1866 de la Colombe (Maître Jean) de Charles Gounod ; le 10 mai 1869 de Jaguarita l'Indienne de Fromental Halévy.

 

Il y chanta Haydée (24 avril 1864) ; Joseph (Jacob, 18 août 1866) ; l'Etoile du Nord (Gritzenko, 1867 ; Peters Michaeloff, 1867) ; Galathée (Pygmalion, 1869) ; le Chalet (Max) ; les Mousquetaires de la Reine (le capitaine Roland) ; la Dame blanche (Gaveston) ; le Saphir (le capitaine Parole) ; les Porcherons ; Lara.

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

Il débuta salle Le Peletier le 20 octobre 1871 dans les Huguenots (Saint-Bris).

 

Il créa salle Le Peletier le 10 janvier 1873 la Coupe du roi de Thulé (Angus) d'Eugène Diaz ; à la salle Ventadour le 15 juillet 1874 l'Esclave (Moraskeff) d'Edmond Membrée. Il créa au Palais Garnier : le 05 avril 1876 Jeanne d'Arc (un Sergent de bande) d'Auguste Mermet ; le 07 octobre 1878 Polyeucte (Siméon) de Charles Gounod ; le 30 janvier 1888 la Dame de Monsoreau (Gorenflot) de Gaston Salvayre ; le 21 mars 1890 Ascanio (Charles Quint) de Camille Saint-Saëns.

 

Il chanta au Palais Garnier : les Huguenots (Saint-Bris) ; Guillaume Tell (Gessler) ; Hamlet (le Spectre) ; Don Juan (le Commandeur) ; le Freischütz (Kouno) ; le Prophète (Oberthal) ; l'Africaine (Don Diégo ; Grand Brahmine) ; Faust (Méphistophélès, 1876) ; le Roi de Lahore (Indra, 1877) ; Aïda (Ramfis, 1880) ; Rigoletto (Monterone, 1886) ; le Cid (Don Gormas, 1886) ; Patrie ! (Noircarmes, 1887) ; Henri VIII (le Légat, 1888) ; Roméo et Juliette (le Duc, 1889).

 

 

 

 

M. Eugène Bataille débute à l'Opéra-Comique dans le Caïd.

L'ancien Battaille [le baryton Charles Battaille] est, dit-on furieux de voir paraître un nouveau Bataille qui n'est ni son parent ni son élève... Il voulait le forcer à changer de nom.

Mais Eugène Bataille n'est pas un nom de guerre, et le jeune chanteur débute avec le nom qu'il a reçu de son père.

Il y aurait un moyen de distinguer l'un de l'autre ces deux artistes ; ce serait de les appeler, à l'instar des deux Sax, l'un Battaille aîné, et l'autre Bataille junior.

(le Tintamarre, 06 septembre 1863)

 

 

Reprise du Caïd à l’Opéra-Comique.

Eugène Bataille, qui débutait dans le tambour-major, a le physique du rôle ; il est grand, bien proportionné, bel homme. Comme voix, il est plutôt baryton que basse, et le timbre de son organe est suffisamment agréable ; comme chanteur, il se tire parfaitement d’affaire, et, comme comédien, il tient la scène avec toute la convenance dont on est capable lorsqu’on a joué avec un certain succès à Bruxelles, à Bordeaux, à Marseille, enfin sur les meilleures scènes françaises de la province et de la Belgique. Ceux qui le connaissent assurent que l’émotion, en ce premier début, lui enlevait la moitié de ses moyens ; nous verrons au deuxième. Mais il y a lieu déjà d’être satisfait.

(Gustave Bertrand, le Ménestrel, 13 septembre 1863)

 

 

Timide et peureux quand il entre en scène, Bataille devait faire les sauvages aux processions du bœuf-gras. Il a du boucher dans les épaules ; une voix bien assise, très belle et d'une souplesse remarquable. Il remplace ce pauvre Gourdin, et le même rôle joué par lui, Lambro de Lara, a pris une physionomie tout autre. Gourdin avait plus d'individualité, mais il soignait trop le détail et il en avait fait une création chétive à laquelle manquait l'ampleur de celui qui l'a remplacé. L'organe de Bataille est gracieux, chose si rare dans les voix de basse. Le physique et l'estomac de l'emploi. Comme le duc de Luynes, il mange une omelette d'un demi-cent d'œufs et un gigot à lui tout seul ; après, il sort de table, suivant le précepte du sage, avec la faim.

(Yveling Rambaud et E. Coulon, les Théâtres en robe de chambre : Opéra-Comique, 1866)

 

 

M. Eugène Bataille, de l’Opéra-Comique, vient de renouveler son engagement pour deux ans. C’est un acte de bonne administration de la part de MM. de Leuven et Ritt.

(l’Europe artiste, 05 janvier 1868)

 

 

 

 

 

Bataille, Eugène-Léopold-Edmond, l'excellente basse de l'Opéra, est né à Toulouse le 1er janvier 1830.

Ayant montré dès l'âge le plus tendre, des dispositions exceptionnelles pour le dessin, il fut mis, à onze ans, à l'école des beaux-Arts de sa ville natale, et placé bientôt comme dessinateur sur pierre, chez un graveur-lithographe nommé Delort.

Mais, en même temps, comme il était doué de très bonne heure d'une voix remarquable il suivit les cours du Conservatoire de musique de Toulouse, sans cesser de continuer son métier.

Le goût du chant se développa chez lui avec beaucoup de force. En 1848 il fut lauréat de la musique ; aussitôt il songea à venir terminer à Paris des études qui lui faciliteraient l'accès des théâtres.

Il se présenta aux concours d'admission du Conservatoire ; mais il échoua malheureusement pour être admis pensionnaire et ne fut reçu que comme externe, ce qui le força à chercher les moyens de subvenir à son existence en même temps qu'il continuerait à suivre les cours de la rue Bergère.

Entré comme choriste au Théâtre-Italien, alors sous la Direction de Ronconi et de Lumley, Bataille fut néanmoins obligé de se remettre encore au dessin. Il fit des portraits au pastel et mena une vie des plus laborieuses qui pourtant ne put suffire à assurer son bien-être.

Un moment découragé, il retourna dans sa ville natale en 1852 et se consacrait tout à fait au métier de dessinateur-lithographe, lorsqu'il eut la bonne fortune de faire la rencontre de son ancien professeur de chant, M. Grosset, qui le ramena vers l'étude de la musique et lui fit ouvrir les portes du théâtre du Capitole.

Bataille débuta l'année suivante à Toulouse, un jour de Pâques, au mois d'avril 1853, dans le rôle formidable de Robert-le-Diable. Une telle audace devait décider de sa carrière ; un succès

très vif lui rendit toute sa confiance ; il laissa aussitôt le dessin et n'hésita plus à se vouer exclusivement à la scène lyrique.

Engagé au mois de septembre de la même année pour chanter les basses en tous genres au théâtre d'Avignon que dirigeait M. Walgalier, il fit là une saison qui lui valut plus d'un succès et acheva de lui donner l'autorité indispensable pour affronter les grandes scènes de la province.

D'Avignon, il passa, en effet, en 1855, à Lille comme basse chantante d'opéra-comique ; puis, en 1856, et dans les mêmes conditions, il vint à Lyon, sous la direction de M. Halanzier, et de là, à Marseille, où il resta trois années avec un brillant engagement.

Dès ce moment, le jeune artiste avait triomphé dans la lutte courageuse qu'il avait entreprise contre la mauvaise fortune. Ses succès de chaque jour devenaient la garantie assurée de son avenir, et il avait le droit de prétendre à une belle situation.

Engagé en 1859 au théâtre royal de Bruxelles, il fut favorisé par une circonstance toute exceptionnelle. C'est à lui qu'échut l'honneur de créer sur cette belle scène le rôle de Méphistophélès de Faust, ayant pour partenaires Jourdan (Faust) et Mlle Boulart (Marguerite). Gounod vint lui-même monter son chef-d'œuvre à Bruxelles et félicita chaleureusement ses interprètes et Bataille en particulier. Si le succès de l'ouvrage fut retentissant, celui du Trio français (c'est ainsi que les Belges appelaient les artistes chargés des principaux rôles) ne le fut pas moins. Le nom de Bataille, déjà très estimé en province, se fit bientôt une place dans nos chroniques théâtrales parisiennes, et sa venue à Paris devenait très prochainement certaine.

Appelé à Bordeaux en 1860, il y fit deux saisons, 1860-1861 et 1861-1862, qui constituèrent sa dernière étape en province. M. Perrin, alors directeur de l'Opéra-Comique, se préoccupa du bruit de ses succès et lui fit signer un bel engagement à son théâtre.

Bataille débuta à Paris, au mois d'août 1863, dans le rôle de Michel, le tambour-major du Caïd. Sa grande voix pleine et homogène, sa vocalisation facile, une belle prestance lui valurent d'emblée ses lettres de naturalisation à l'Opéra-Comique.

Depuis lors il fut un des pensionnaires les plus utiles et les plus distingués de la salle Favart, et cela pendant sept années consécutives, jusqu'en juillet 1870, où le théâtre changea de directeur.

Je rappellerai les principaux grands succès qu'obtint Bataille, soit dans les reprises du répertoire, soit dans des ouvrages nouveaux.

Max du Chalet, Pygmalion de Galathée, le capitaine Roland des Mousquetaires de la Reine, Jacob de Joseph, Gaveston de la Dame Blanche, le capitaine Parole du Saphir, et encore les Porcherons, Jaguarita l'Indienne, Lara, l'Étoile du Nord, dont il joua le rôle de Pierre-le-Grand pendant l'Exposition de 1867, montrèrent la souplesse de son talent.

Ses principales créations, dans la Fiancée du roi de Garbe, d'Auber, dans la Colombe, de Gounod, dans Fior d'Aliza, de Victor Massé, et surtout, peut-être, celle de Lothario, dans Mignon, prouvèrent que l'artiste savait composer un personnage et lui imprimer son cachet individuel.

La nouvelle direction survenue en 1870 n'ayant pas renouvelé son engagement, Bataille accepta de donner quelques représentations au Kursaal de Hambourg, où la guerre le surprit. Il revint en France, et, après les événements, M. Halanzier, directeur de l'Opéra, s'étant souvenu des bons et utiles services de son ancien pensionnaire de Lyon, le fit appeler et lui confia le rôle de Saint-Bris des Huguenots. Ce fut là le premier début de notre remarquable basse chantante sur la scène de l'Académie nationale de musique, où depuis huit ans il tient son emploi à la satisfaction générale.

A l'Opéra, Bataille ne fit pas de nombreuses créations. A la salle de la rue Le Peletier, il créa la Coupe du Roi de Thulé. Après l'incendie, quand l'Académie de musique fut transportée au Théâtre-Italien, en attendant l'ouverture du temple de Charles Garnier, il fut un des créateurs de l'Esclave, de Membrée, et, au Nouvel-Opéra, le rôle de Siméon, dans le Polyeucte de Gounod, l'eut pour premier interprète.

Mais, en dehors de ces créations, Bataille s'est produit dans tous les principaux rôles du répertoire. Il est peu d'ouvrages où il n'ait prêté une exécution à la fois savante et pleine d'éclat. Tout le monde l'a vingt fois applaudi dans Faust, la Favorite, le Prophète,1'Africaine, etc., etc.

Bataille a si souvent donné les preuves d'un remarquable talent et obtenu tant de fois les applaudissements du public qu'il pourrait se montrer, comme tant d'autres, glorieux de son mérite. Mais, malgré ses réels succès, artiste consciencieux et intelligent, il ne tombe pas dans le travers, si commun au théâtre, de se croire le plus grand artiste de son époque. Il a, sans doute, conscience de sa valeur ; c'est, d'ailleurs, son droit ; mais il est de ceux qui ne craignent point de vanter le talent de leurs camarades. Possédant un sentiment artistique très développé, il est par cela même un pensionnaire dévoué, parce qu'il a la constante préoccupation de bien faire.

Aussi sommes-nous certain que le successeur de M. Halanzier s'aura s'attacher, par un solide engagement, un talent à la fois apprécié du public, et sur lequel une administration est toujours assurée de pouvoir compter.

 

(biographie de Félix Jahyer parue dans Paris-Portrait du 06 février 1879, reprise dans le Midi Artiste, 15 octobre 1882)

 

 

 

 

 

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