Blanche d'ANTIGNY

 

 

Marie Ernestine ANTIGNY dite Blanche d'ANTIGNY

 

divette française

(Martizay, Indre, 09 mai 1840 93 boulevard Haussmann, Paris 8e, 27 juin 1874*), enterrée au Père-Lachaise (36e division).

 

Fille de Jean ANTIGNY, menuisier, et de Florine GUILLEMAIN (– av. 1874).

 

 

Demi-mondaine, elle se dépense avec entrain dans les bouffonneries d'Hervé dont elle joue aux Folies-Dramatiques l'Œil crevé (Fleur de Noblesse) et crée le 24 octobre 1868 Chilpéric (Frédégonde) et le 23 avril 1869 le Petit Faust (Marguerite) ; elle y participe également le 07 septembre 1872 à la création de Mazeppa de Charles Pourny. Après la guerre de 1870, elle partit pour Le Caire où elle fut beaucoup applaudie, mena grande vie et laissa de nombreuses dettes. Elle mourut célibataire, malade et ruinée.

 

 

 

 

Blanche d'Antigny, d'après Martial (1870)

 

 

 

On a beaucoup discuté sur l'origine de cette actrice. Un correspondant de l'Intermédiaire des Chercheurs (XLII, 783) déclare qu'elle venait de Tournon-Saint-Martin, Indre, que son nom était Antigny et qu'il existe encore dans ce pays plusieurs de ses parents. Un autre (XLII, 783) nous dit qu'elle était d'Antigny, canton de la Châtaigneraie, Vendée, et que son vrai nom était Blanche Vincent. Paul Haudry qui avait peint Blanche d’Antigny en Madeleine (musée de Nantes) était de ce dernier avis : « Elle est Vendéenne, comme moi », disait-il. Et, néanmoins, une enquête faite à Antigny ne fit rien découvrir. Le nom de Blanche Vincent ne figure pas sur les registres. C'est alors que M. Marcel Baudoin eut l'idée de rechercher l'acte de décès qu'il trouva à la mairie du VIIIe :

« Du vingt-huit juin mil huit-cent soixante quatorze, à deux heures et demie du soir, acte de décès de Marie-Ernestine Antigny, artiste dramatique, âgée de trente-deux ans, née à Martizay (Indre), décédée à Paris en son domicile, boulevard Haussmann, n° 93, hier à onze heures et demie du soir, célibataire ; fille de Jean Antigny, menuisier, demeurant à Nogent-sur-Marne (Seine) et de Florine Guillemain, son épouse, décédée, etc. »

Grande, belle fille, bien découplée, point sotte, mais douée d'autant d'aplomb que de belle humeur, telle apparut vers la fin du second Empire Blanche d'Antigny, avec ses cheveux d'or et sa bouche sensuelle. Richesse de formes et de couleur, air superbe, gaîté constante et folle. « La muse des joies faciles », a dit un chroniqueur.

Blanche d'Antigny que le besoin de se produire, plus que la vocation, devait pousser vers le théâtre, trouva une voie inespérée avec les bouffonneries abracadabrantes d'Hervé aux Folies-Dramatiques, 1868-1869. Elle fut l’ingénue (!) excentrique de Chilpéric et du Petit Faust. Ce fut aussi le comble de sa renommée. Engagée momentanément au Palais-Royal, elle passa presque inaperçue comme actrice : Photographies dramatiques (19 mars 1869), On demande des Ingénues (21 août 1869), sans oublier une reprise des Mémoires.

Louise France, dans les Ephémères m’as-tu vu, a écrit quelques pages vraiment vécues (pages 126 et suivantes) sur les amours de Blanche d'Antigny avec Luce, un jeune artiste qui mourut d'une phtisie galopante entre ses bras, ainsi que sur son arrivée en Egypte, quelque temps après la guerre. On l'y voit suivie d'une amie, une grosse femme qui la suit partout, de sa femme de chambre, fille de cette dernière, et de son cocher, sans voitures et sans chevaux, un beau gars de quarante ans qui vivait admirablement à ses frais. Elle devait vingt mille francs à la femme de chambre et trente-cinq mille au cocher ! Ce manque absolu d'ordre devait être fatal à la malheureuse fille. Malgré la générosité du khédive, elle revint en France, traquée par les huissiers. Tout ce qu'elle possédait encore fut... égaré ou perdu en route. Une amie la recueillit et elle mourut d'une phtisie galopante ; huit jours après, le cocher, à son tour. Son père, le menuisier de Nogent-sur-Marne, partit pour l'Amérique avec 10,000 fr. donnés par la femme de chambre, et celle-ci se maria pourvue d'une riche dot.

Blanche d'Antigny avait donc quitté l'Egypte le 2 mai pour venir mourir à Paris le 27 juin 1874. Les funérailles eurent lieu le 29. Elle fut enterrée au Père-Lachaise, concession 851 (au nom de Mlle Caroline Le Tellier). Sa tombe est une chapelle gothique, sans nom, 36me division, à la hauteur de l'intersection du chemin de la guérite.

(Henry Lyonnet, Dictionnaire des Comédiens français, 1912)

 

 

 

 

 

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