Véronique

 

affiche de Véronique par René Péan (1898)

 

 

Opérette en trois actes, livret d'Albert VANLOO et Georges DUVAL, musique d'André MESSAGER.

 

 

   partition   ;   danses

 

 

Création au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 10 décembre 1898 ; décors de Visconti ; costumes dessinés par Félix Fournery et exécutés par Auguste Julien et la Belle Jardinière ; mise en scène de Félix Grégoire.

 

Représentations en français à Bruxelles, le 19 janvier 1900 ; à Lisbonne, au printemps 1901 ; à Genève, le 11 février 1902 ; à Bucarest, en février 1907 ; au Caire, au printemps 1938.

 

Première à l'Opéra-Comique (3e salle Favart) le 07 février 1925, à l'occasion d'un Gala au bénéfice des Associations d'Artistes.

Seule représentation à l’Opéra-Comique au 31.12.1950.

  

 

 

personnages

Bouffes-Parisiens

10 décembre 1898

(création)

Folies-Dramatiques

30 janvier 1909

 

Trianon-Lyrique

17 septembre 1922

 

Opéra-Comique

07 février 1925

(1re)

Hélène de Solanges (Véronique) Mmes Mariette SULLY Mmes Mariette SULLY Mmes Marcelle EVRARD Mmes Edmée FAVART
Agathe Coquenard Anna TARIOL-BAUGÉ Anna TARIOL-BAUGÉ Louise PERROLD Anna TARIOL-BAUGÉ
Ermerance de Champ d'Azur (Estelle) Léonie LAPORTE Léonie LAPORTE Camille LEJEUNE Marguerite VILLETTE
Denise Madeleine MATHYEU   Odette MYRIL Renée DESTANGES

la Tante Benoît

BNVAL      
Sophie, fleuriste LANDOZA      
Céleste, fleuriste D'ORBY      
Irma, fleuriste RAYMONDE      
Héloïse, fleuriste LÉRYS      
Zoé, fleuriste FRÉTIGNY      
Élisa, fleuriste RAIMOND      
une Demoiselle du Palais LELOIR      
Julie CLERGUE      
Florestan de Valaincourt MM. Jean PÉRIER MM. René VERMANDÈLE MM. Maurice COULOMB MM. André BAUGÉ
Évariste Coquenard REGNARD REGNARD José THÉRY André ALLARD
Loustot (baron des Merlettes) Maurice LAMY JORDANIS Ch. CARDON Eugène DE CREUS
Séraphin BRUNAIS FERNAL Léon JOUBERT Fernand ROUSSEL
Octave GUAL      
Félicien SICOT      
un Tambour HUET      
un Huissier CHOPIN      
Fleuristes, Acheteurs, Acheteuses, Gardes Nationaux, Invités de la Noce, Demoiselles du Palais        
Chef d'orchestre Désiré THIBAULT     Fernand MASSON

 

 

 

 

Edmée Favart (Hélène) et Jean Périer (Florestan) dans Véronique à la Gaîté-Lyrique en 1920

 

 

 

 

 

"Qui se souvient ?"

Souvenirs sur la création de Véronique

Mariette Sully, créatrice du rôle d'Hélène

 

 

 

 

 

Résumé.

L'action, située dans le Paris de 1840, brode sur le thème de la fiancée (ici Hélène de Solanges) qui fait incognito la conquête de celui qu'elle doit épouser. Véronique est le nom d'emprunt que la rusée prend, en se faisant passer pour une petite fleuriste de la boutique à l'enseigne du « Temple de Flore ». Quant au fiancé, Florestan de Valaincourt, auquel a été imposée cette alternative : le mariage ou la prison pour dettes, il doit rompre tout d'abord avec Agathe, la femme du fleuriste Coquenard, capitaine de la Garde Nationale.

 

ACTE I. — Une boutique de fleuriste à l'enseigne du « Temple de Flore ».

Les acheteurs vont et viennent parmi les vendeuses. Hélène et sa tante Ermerance font ensemble leurs emplettes, accompagnées de leur domestique Séraphin, qui doit se marier le jour même avec une certaine Denise. Hélène comprend son impatience, car elle doit incessamment épouser le vicomte Florestan de Valaincourt qui ne la connaît pas, mais qu'elle a déjà vu et qui est loin d'ailleurs de lui déplaire. Justement le vicomte s'approche. Hélène se retire à l'écart pour ne pas être vue et assiste à la réception du vicomte. [Couplets de Florestan : Vrai Dieu, mes bons amis...]. Le jeune homme désire rompre avec Mme Coquenard, et s'il a, explique-t-il, accepté l'idée d'épouser Hélène de Solanges, c'est qu'il n'avait le choix qu'entre l'hymen et la prison pour dettes. Il est surveillé de près par Loustot, ex-baron des Merlettes. Florestan entend fêter son dernier jour de liberté, et invite tout le magasin à Romainville.

Hélène, qui a entendu quelques appréciations déplaisantes sur son compte, assiste encore à la scène de rupture entre Florestan et la bouillante fleuriste [Couplets d’Hélène : « Petite dinde ! » Ah ! quel outrage !] et rumine des projets de vengeance.

Coquenard, vient d'être nommé capitaine de la Garde nationale. Hélène et sa tante se présentent, toutes deux habillées en grisettes, comme vendeuses chez Coquenard. Agréées par le patron du magasin, elles partent à Romainville avec les autres fleuristes.

 

ACTE II. — Le Restaurant du « Tourne-bride », au milieu du bois de Romainville.

Les invités de Séraphin achèvent de déjeuner. Les gardes nationaux et les fleuristes arrivent à leur tour. Hélène — qui se fait appeler Véronique — et sa tante ne sont pas encore là, car elles ont voulu aller à âne. Hélène arrive la première, très entourée par Florestan, qui tient la bride de la monture. [Duetto Hélène-Florestan : De-ci, de-là, cahin, caha...]. Ermerance, qui se fait appeler Estelle, et qui a fait une chute, entre ensuite, soutenue par Coquenard, et l'on se met à table. Resté en arrière avec Hélène, Florestan lui fait une touchante déclaration, à laquelle la pseudo-fleuriste répond avec toutes sortes de réticences qui le troublent vivement [Duo Hélène-Florestan : Poussez, poussez l'escarpolette...]. Les affaires risquent de se gâter au moment où Séraphin reconnaît tout à coup ses patronnes. Mais elles réussissent à lui clouer la bouche. Il devient toutefois grand temps pour Hélène, et sa tante de s'en aller, ce qu'elles réussissent à faire, non sans peine, dans la voiture des mariés. Florestan découvre alors un billet laissé par Véronique, et décide subitement de ne pas épouser Mlle de Solanges. Loustot l'arrête alors, avec le concours de Coquenard.

 

ACTE III. — Un petit salon aux Tuileries, le même soir.

Le contrat de mariage de Mlle de Solanges avec Florestan de Valaincourt va être passé tout à l'heure au cours du bal. Mais Florestan ne paraît pas ; Hélène de Solanges s'inquiète. Séraphin, en livrée de gala, est comme sur des charbons ardents. Arrivent M. et Mme Coquenard. Hélène, apprenant que Florestan a été emprisonné, paye immédiatement la somme nécessaire à son élargissement. Florestan arrive, un peu vexé de devoir sa liberté à Hélène, dont il sait toutefois maintenant qu'elle ne fait qu'une seule et même personne avec Véronique. Il refuse de l’épouser. La pauvre Hélène se désole ; mais ce n'était qu'une revanche de la mystification de Romainville, et, quand on appelle les fiancés, il s'empresse de lui tendre amoureusement la main.

 

 

 

 

                                  

 

 

 

 

Opérette représentée avec beaucoup de succès aux Bouffes-Parisiens le 10 décembre 1898. Pièce aimable et gaie, avec une jolie pointe de tendresse, musique élégante, sans grande nouveauté parfois, mais fine et délicate, écrite avec une rare distinction, interprétation exquise de la part de M. Jean Périer et de Mlle Mariette Sully, il y avait là de quoi justifier un succès de bon aloi et qui n'a pas été un instant douteux.

(Félix Clément, Dictionnaire des opéras, supplément d’Arthur Pougin, 1904)

 

 

 

 

 

L'action se passe sous Louis-Philippe. Un jeune libertin, le vicomte Florestan, dépensier en amour autant qu'en argent, est l'amant momentané de la belle fleuriste Agathe Coquenard. Mais le roi lui-même, grâce à l'intervention d'un oncle du jeune écervelé, qui est bien vu à la cour, a désigné une fiancée, Hélène de Solange, pour le vicomte Florestan. Il ne reste plus à celui-ci qu'à choisir entre Clichy, la prison pour dettes, ou le mariage, qui doit mettre un terme à la vie effrénée menée par notre prodigue.

 

La délicieuse Hélène apprend la liaison de son futur avec la fleuriste. Accompagnée de sa tante, Mme Emerance de Champ d'Azur, elle se rend chez Agathe pour être engagée comme ouvrière, sous le nom de Véronique et pour mieux surveiller Florestan, afin de conquérir son cœur et ne pas être la fiancée imposée par contrainte. Sous son déguisement de petite grisette, Véronique conquiert par son charme le fiancé de demain, qui lui fait audacieusement la cour, ignorant complètement à qui il a affaire, puisque la jeune fille est invitée au même titre que ses compagnes d'atelier à une partie de campagne, offerte par le vicomte au personnel de Mme Coquenard.

 

Après des situations pleines de quiproquos de belle humeur, mais qu'on retrouve en maint vaudeville, le dénouement s'annonce comme celui de toutes les opérettes : le soir même, au bal des Tuileries, Florestan découvre, en Véronique, sa fiancée Hélène de Solange, qu'il est heureux d'épouser, sans même avoir besoin des ordres matrimoniaux de son oncle, cependant qu'Agathe Coquenard, dont le mari a été nommé capitaine de la garde nationale, se console avec le baron des Merlettes, ex-recors du vicomte Florestan.

 

Sous les apparences d'une extrême facilité, la partition de Véronique renferme en plusieurs passages la marque d'une science profonde et sûre, avec la recherche d'une invention constante, soit à l'orchestre, soit au chant, sans jamais tomber dans la trivialité ou la banalité.

 

Il faut signaler le duetto en mi bémol majeur : De-ci, de-là, cahin, caha ; la valse, au joli contour mélodique, en si bémol : Poussez, poussez l'escarpolette ; la chanson de la lettre : Adieu, je pars ! pleine d'émotion ; dans un autre ordre d'idées, les couplets : D'puis c' matin, cherchant d’ l’ouvrage ; la plaintive romance de l'époque, qui cache une fine raillerie : De magasin, la simple demoiselle, et, pour conclure, le délicat duetto final en ré majeur, dont plusieurs couplets connaissent la gloire d'être populaires.

 

(Stan Golestan, Larousse Mensuel illustré, mai 1909)

 

 

 

 

 

Quand Véronique fut créée le 10 décembre 1898 aux « Bouffes-Parisiens » par Jean Périer (le futur Pelléas), Mariette Sully et Anna Tariol-Baugé, le critique de « Théâtre » s'exclama : « A en juger par l'empressement du public, je puis pronostiquer cette fois à coup sûr que la disparition de Véronique de l'affiche n'aura lieu qu'à cette date invraisemblable de notre histoire nationale où l'on ne parlera plus de « l'affaire ». Ce critique avait une courte vue : on ne parle plus guère de l'Affaire Dreyfus et Véronique est toujours à l'affiche.

A première vue, l'homme, l'artiste et le compositeur semblent différer. « Messager aux victorieuses moustaches », comme le décrivait Willy, était une figure très parisienne. L'opinion était unanime : « un charmeur ». « Il est la coquetterie même », affirmait Colette, et, cependant, sans jamais sacrifier au snobisme ni aux mondanités, Messager resta toute sa vie le plus fidèle des amis, le plus sincère des hommes.

S'il apprend « le métier » de chef d'orchestre aux « Folies-Bergère », puis dans les petits théâtres où l'on donne des comédies musicales, il s'oriente tout de suite vers les grandes œuvres. Pèlerin de Bayreuth dès 1883, année de la mort de Richard Wagner, il dirige en 1892, à Marseille, la Walkyrie. En 1898, il est nommé, par Albert Carré, directeur de la Musique à l'Opéra-Comique. Lui qui, toujours, se sacrifiera pour défendre les œuvres des autres, monte des ouvrages aussi différents que Louise et Pelléas (qui, sans lui, n'aurait peut-être jamais vu le jour). En même temps, il dirige la saison musicale au Covent Garden de Londres.

En 1907, Messager est directeur de l'Opéra, en compagnie de Broussan. C'est à Messager que revient l'honneur d'avoir fait représenter toutes les œuvres de Wagner (passer de Pelléas au Crépuscule des Dieux représente un bel éclectisme !) Il fait connaître au public parisien des œuvres de Rameau, d'Indy, Saint-Saëns, Chabrier, Moussorgski... puis il quitte l'Opéra, excédé par les difficultés de toute sorte qu'il y rencontre.

Président de la Société des Concerts du Conservatoire depuis 1908, il y continue son apostolat. Président de la Société des Auteurs en 1923, il entre à l'Institut en 1926. Sacrifiant sa carrière de compositeur à la défense des œuvres des autres, il n'accepte que des fonctions qui sont pour lui des postes de combat en faveur de la musique. Racé, distingué, il le sera toujours dans sa musique et donnera ainsi ses lettres de noblesse à l'opérette et à la musique légère.

Il a démontré qu'il n'existe pas de hiérarchie dans les genres. Avec lui, surtout, la frontière entre l'opéra-comique et l'opérette ne peut être fixée. « Il n'y a pas d'art inférieur : les œuvres dites sérieuses ne sont pas toujours les mieux pensées, les mieux écrites, et les plus dignes d'admiration. Le talent ne se mesure pas au poids », écrivait-il à propos d'un auteur d'opérette...

Comment mieux conclure un aperçu de la carrière de Messager qu'en citant Gabriel Fauré : « Il n'y a pas beaucoup d'exemples dans l'histoire de la musique d'un artiste, d'une culture aussi complète, d'une science aussi approfondie, qui consente à appliquer ses qualités à des formes réputées, on ne sait pourquoi, secondaires. De combien de chefs-d’œuvre ce préjugé ne nous a-t-il pas privés ? Et c'est encore là que se révèle la délicatesse de pensée de Messager, c'est là que son éclectisme nous apparaît une admirable direction d'art. Avoir osé n'être que tendre, exquis, spirituel, n'exprimer que la galanterie des passions, avoir osé sourire alors que chacun. s'applique à bien pleurer, c'est là une audace bien curieuse en ce temps. Et c'est surtout l'affirmation d'une conscience d'artiste ».

 

ACTE PREMIER. — Nous sommes dans une élégante boutique de fleuriste, à l'enseigne du « Temple de Flore », sous le règne de Louis-Philippe, le « Roi-Bourgeois ». Commandant un escadron de jeunes et charmantes vendeuses, la jolie patronne, Agathe Coquenard, au cœur tendre, à l'esprit galant, vante les joies du métier de fleuriste (air d'Agathe : « Le bel état que celui de fleuriste »). Son époux, brave homme au solide embonpoint, ne rêve que d'un grade de capitaine dans la Garde Nationale.

La jeune aristocrate, Hélène de Solanges et sa tante, Ermerance de Champ d'Azur, entrent dans le magasin, déserté un instant. La jeune fille, peu habituée à sortir de si bonne heure le matin dans Paris, est éblouie par l'aspect de la grand’ ville (air d'Hélène : « Ah ! la charmante promenade »). Hélène doit être présentée le soir même aux Tuileries au prétendant que le Roi lui destine. Si ce dernier ne l'a jamais vue, elle l'a déjà aperçu plusieurs fois et le trouve charmant. Tandis que ces dames choisissent des fleurs, le domestique de Madame de Champ d'Azur, l'inénarrable Séraphin, piaffe d'impatience, indifférent aux plaisanteries des demoiselles de magasin. Il doit, en effet, se marier le jour même à midi.

Hélène et sa tante Ermerance s'apprêtent à sortir quand elles aperçoivent le prétendant, le vicomte Florestan de Valaincourt. Que vient-il faire ici ? Entraînée par Hélène, Ermerance qui se sent très romanesque, accepte de se cacher derrière des plantes pour observer le jeune homme. Désillusion ! Florestan, amant de la belle Agathe Coquenard, se montre sous les traits d'un joyeux vivant, fort peu sérieux (couplets de Florestan : « Vrai Dieu ! mes bons amis »), qui n'a d'autre alternative que de se marier ou d'aller en prison pour dettes. Florestan est suivi par un recors peu ordinaire, Loustot, ex-baron des Merlettes, réduit à cet état peu reluisant pour avoir trop aimé les femmes (couplets de Loustot : « Quand j’étais Baron des Merlettes »). Florestan décide d'enterrer joyeusement sa vie de garçon au « Tourne-bride », à Romainville, et d'y convier tout le « Temple de Flore ». Il marquera ainsi la fin de ses amours avec Agathe que la petite dinde qu'on lui destine ne lui fera jamais oublier. « Petite dinde ! » Hélène ne l'oubliera pas et Florestan ne l'emportera pas en paradis ! (couplets d'Hélène : « Petite dinde !... Ah ! quel outrage ! »).

Un tambour arrive haletant : Coquenard est nommé capitaine de la Garde Nationale ! On fêtera cela à Romainville. La gaieté générale est un instant interrompue par l'entrée de deux femmes timides, dont une très jeune. Elles ont vu une pancarte à la porte du « Temple de Flore », demandant du personnel : elles sont sûres de faire l'affaire (couplets de Véronique : « D’puis c’ matin, cherchant d’ l’ouvrage »). C'est entendu, elles sont engagées et voici Hélène et sa tante — car c'est ce que la jeune fille a trouvé pour se venger de Florestan — conviées à partager la liesse générale. Et, en route pour Romainville ! (Final : « Allons ! allons d’un pas agile »).

 

ACTE SECOND. — Romainville, au milieu des bois : le restaurant réputé du « Tourne-bride ». On y célèbre gaîment le mariage de Séraphin et de Denise. Puis, ce sont tous les invités de Florestan qui font irruption dans cette fameuse guinguette (couplets d'Agathe : « Le Tourne-bride est, mes amis »). Véronique et Florestan arrivent bons derniers : la jeune fille a voulu faire le trajet à âne et le Vicomte, conquis, s'est attardé avec elle (duetto de l'âne : « De ci, de là »).

Tandis qu'Ermerance est toute prête à trouver séduisants les charmes limités du sieur Coquenard — pour une Champ d'Azur, quelle honte ! — Florestan fait une cour pressante à la coquette Véronique qui semble l'écouter distraitement (duo de l'escarpolette : « Ah ! méchante, vous voulez rire ? »).

La joyeuse équipe du « Temple de Flore » va se joindre aux invités de la noce de Séraphin et tout le monde va danser (ronde d'Agathe : « Lisette avait peur du loup »). Véronique semble un peu effarouchée des avances de Florestan qui lui explique qu'une grisette ne doit pas être si prude (couplets de Florestan : « Une grisette mignonne »). Mais l'instant est venu de mettre fin à la supercherie, Véronique-Hélène et sa tante doivent partir. Véronique laisse un mot d'adieu pour Florestan (rondeau de la lettre : « Adieu ! je pars »). Tant pis ! le Vicomte va se résoudre à partir le cœur bien triste pour rencontrer cette promise qu'on lui impose.

 

ACTE TROISIÈME. — Dans un petit salon du Palais des Tuileries, attenant aux grandes salles de réception, personne ne reconnaîtrait Véronique dans la ravissante Hélène en toilette de bal (couplets d'Hélène : « Voyons, ma tante »). Les invités au bal de la Cour arrivent nombreux (chœur : « Bal à la cour ») et parmi eux, avec cette logique de situation qui n'existe que dans l'opérette, Coquenard et son épouse. Le Roi a voulu honorer les vaillants capitaines de la Garde Nationale ! (duetto Coquenard-Agathe : « Aux Tuileries »). On imagine la stupeur du couple Coquenard se trouvant soudain en présence d'Ermerance et de sa nièce et découvrant ainsi leur véritable identité. Florestan se fait traîner de force au bal par Loustot : il ne veut pas oublier Véronique et refuse de se marier. Hélène, pour laisser la liberté du choix à celui qu'elle aime, paie le montant de ses dettes : il ne se mariera donc plus par contrainte. C'est de la bouche le la jalouse Agathe que Florestan apprendra toute la vérité (couplets d'Agathe : « Ma foi, pour venir de province »). Furieux, il déclare que s'il aime Véronique, tout mariage avec Hélène est maintenant impossible. Malgré cette déclaration pleine de dignité, les deux jeunes gens tombent dans les bras l'un de l'autre, car une opérette se termine toujours par le couplet final du bonheur.

 

(Emmanuel Bondeville, de l’Institut, 1961)

 

 

 

 

 

 

 

Catalogue des morceaux

 

  Ouverture    

Acte I - le Temple de Flore

01 Chœur et Scène Quelle fraîcheur délicieuse ! Coquenard, Chœurs
Couplets Le bel état que celui de fleuriste Agathe, Fleuristes
02 Couplets en trio Ah ! la charmante promenade ! Hélène, Ermerance, Séraphin
03 Ensemble Bonjour, Monsieur Séraphin Séraphin, Fleuristes
04 Couplets Vrai Dieu ! mes bons amis Florestan
05 Couplets Quand j'étais baron des Merlettes Loustot
06 Quatuor Alors tout est fini ? Hélène, Agathe, Ermerance, Florestan
07 Couplets Petite dinde ! Ah ! quel outrage ! Hélène
08 Finale : Scène Les voitures sont à la porte Agathe, Coquenard, Florestan, Chœurs
Finale : Couplets D'puis c' matin, cherchant d' l'ouvrage Hélène, Chœurs
Finale : Strette Allons ! allons d'un pas agile Hélène, Agathe, Ermerance, Loustot, Coquenard, Florestan, Chœurs

Acte II - le Tourne-bride, à Romainville

09 Chœur Buvons ! buvons à la santé Séraphin, Invités
10 Sortie, Musique de scène, Chœur Lorsqu'il ne veille pas sur la société Gardes nationaux
Rondeau du Tourne-bride Le Tourne-bride est, mes amis Agathe, Chœurs
11 Duetto de l'Âne De ci, de là Hélène, Florestan
11bis Sortie    
12 Duo de l'Escarpolette Ah ! méchante, vous voulez rire ! Hélène, Florestan
12bis et 12ter Musique de scène    
13 Ronde Lisette avait peur du loup Agathe, Chœurs
13bis Musique de scène    
14 Couplets Une grisette mignonne Florestan
15 Finale : Chœur Holà, Madame Séraphin ! Hélène, Denise, Ermerance, Loustot, Coquenard, Florestan, Séraphin, Chœurs
Finale : la Lettre "Adieu, je pars" Florestan
Finale : Strette Puisque l'ingrate Véronique Agathe, Loustot, Coquenard, Florestan, Chœurs

Acte III - Un salon aux Tuileries

  Entr'acte    
16 Introduction et Chœur Chut ! Chut ! Ermerance, Demoiselles du Palais
Romance De magasin, la simple demoiselle Ermerance
17 Couplets Voyons, ma tante Hélène
18 Chœur Bal à la cour ! Invités
Danses : Quadrille ; Ballabile-Valse    
Couplets en Duo Aux Tuileries Agathe, Coquenard
18bis Sortie Bal à la cour ! Invités
19 Quartette Oh ! Ah ! Ciel ! Hélène, Agathe, Ermerance, Coquenard
20 Couplets Ma foi ! Pour venir de province Agathe
21 Duetto Eh ! bien, par ordre procédons Hélène, Florestan
21bis Musique de scène    
22 Finale Par une faveur insigne Hélène, Agathe, Ermerance, Florestan, Loustot, Coquenard

 

 

 

LIVRET

 

 

Enregistrements accompagnant le livret

 

- Version intégrale 1953 : Geori Boué (Hélène) ; Mary Marquet (Ermerance) ; Geneviève Moizan (Agathe) ; Sophie Mallet (Denise) ; Jackie Rollin épouse Sardou (Tante Benoît) ; Chantal de Rieux (Céleste) ; Micheline Castellier (Zoé) ; Roger Bourdin (Florestan) ; Max de Rieux (Loustot) ; Marcel Carpentier (Coquenard) ; Robert Destain (Séraphin) ; Roland Bourdin (Robert) ; Claude Jourdain (René) ; Orchestre et Chœurs dir. Pierre Dervaux ; réalisation Max de Rieux ; Decca 455.559 et 455.560, enr. en 1953.

 

- Version anthologique : Liliane Berton ; Suzanne Auret ; Rémy Corazza ; Emile Peters ; Orchestre des Concerts de Paris dir. André Gallois ; Guilde Internationale du Disque MMS.2228, enr. vers 1961.

 

 

 

 

Léonie Laporte (Ermerance) et Brunais (Séraphin) dans l'acte I lors de la création

 

 

version intégrale (1953) dir. Dervaux

 

 

 

Ouverture

distribution

 

 

 

Quelle fraîcheur délicieuse

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah ! la charmante promenade

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour, monsieur Séraphin

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vrai Dieu ! mes bons amis

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Quand j'étais baron des Merlettes

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, tout est fini

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petite dinde !

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les voitures sont à la porte

distribution

 

 

version anthologique dir. Gallois

 

 

Ouverture

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Quelle fraîcheur délicieuse

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Ah ! la charmante promenade

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Vrai Dieu ! mes bons amis

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand j'étais baron des Merlettes

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petite dinde !

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'puis c' matin

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Petite dinde !

Maggie Teyte (Hélène) et Orchestre

Decca K 993, mat. FGA4931-5D, enr. à Londres le 22 septembre 1932

 

 

 

Petite dinde !

Fanély Revoil (Hélène) et Orchestre dir Edouard Bervily

Gramophone K 7364, mat. OLA 115, enr. le 30 octobre 1934

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est Estelle et Véronique

Fanély Revoil (Hélène) et Orchestre dir Edouard Bervily

Gramophone K 7364, mat. OLA 116, enr. le 30 octobre 1934

 

 

    

 

Sélection de Véronique

Yvonne Printemps, Jacques Jansen et Orchestre dir Marcel Cariven

Gramophone DB 5114, mat. 2LA 3454, enr. le 06 mars 1941

 

 

ACTE PREMIER

 

 

Une boutique de fleuriste à l'enseigne du « Temple de Flore », sur le Boulevard de la Madeleine. A droite, en pan coupé la porte d'entrée. A gauche, un escalier montant à une galerie sur laquelle donnent des portes. Porte sous la galerie. Portes vers le fond à gauche, derrière la rampe de l'escalier, des caisses d'orangers, comptoirs, etc.

 

SCÈNE PREMIÈRE

SOPHIE, IRMA, HÉLOISE, ZOÉ, ÉLISA, CÉLESTE, ACHETEURS et ACHETEUSES, puis COQUENARD, puis AGATHE.

 

Introduction.

 

Au lever du rideau, grand mouvement. Les acheteurs et les acheteuses vont et viennent, servis par les fleuristes.

 

CHŒUR.

Quelle fraîcheur délicieuse !

Que ces bouquets

Sont coquets

Et bien faits !

Que leur senteur est capiteuse !

Admirez/Admirons ces frais bouquets,

Rose, jasmin ou tubéreuse !

Admirez/Admirons ces frais bouquets,

Mais avant tout achetez-les !/achetons-les !

 

COQUENARD, paraissant sur l'escalier, avec joie.

Spectacle qui m'enchante !

Je vois aller la vente

Et grâce aux produits de mon art

Je rends fameux le nom de Coquenard !

 

TOUS.

Salut à monsieur Coquenard !

 

COQUENARD.

Oui, soit dit sans le moindre fard,

Je suis, et ce titre m'honore,

Le seul, le vrai, l'illustre Coquenard,
Le patron du Temple de Flore !

 

TOUS.

Salut à monsieur Coquenard !

 

COQUENARD, voyant s'ouvrir une des portes de la galerie supérieure.

Je vais doubler votre allégresse !

Allant prendre par la main Agathe qui arrive de gauche.

Vous avez vu le dieu, mais voici la déesse :

Incessu patuit, Agathe Coquenard !

 

TOUS.

Salut, madame Coquenard !

 

AGATHE.

 

Air.

 

Le bel état que celui de fleuriste !

On est femme et l'on est artiste

Et, vivant au milieu des fleurs,

On leur prend leurs riches couleurs !...

Aussi, mesdemoiselles,

Fraîches comme elles

Et toutes belles,

Nous pouvons passer pour leurs sœurs !

 

Voyez, messieurs, voyez, mesdames,

Voyez les roses, les œillets :

Tous les parfums, toutes les gammes

Depuis les lys jusqu'aux bluets !

Choisissez ce qui peut vous plaire

Et mettez tous, pour quelques francs,

Des fleurs à votre boutonnière,

A vos corsages, du printemps !

 

Approchez-vous, tout est à vendre !

Mais, halte là !... Quand je dis tout,

Il s'agit de bien nous comprendre

— Ceci, pour les messieurs surtout !

Dans les fleurs de mon étalage

J'en sais une que voudraient tous :

Mais celle-là, fleuriste sage,

Doit la garder pour son époux !...

 

Le bel état que celui de fleuriste !

On est femme et l'on est artiste

Et, vivant au milieu des fleurs,

On leur prend leurs riches couleurs !...

Aussi, mesdemoiselles,

Fraîches comme elles

Et toutes belles,

Nous pouvons passer pour leurs sœurs !

La musique continue à l'orchestre pendant les répliques qui suivent, jusqu'à la fin de la scène.

 

COQUENARD, à une acheteuse qu'il achève de servir.

Voici votre piquet de roses, madame... De Provins, directement... (saluant.) Madame...

L'acheteuse sort.

 

AGATHE, à un acheteur.

Votre bouquet sera remis sans faute à la personne, monsieur... Et je suis certaine qu'après cela on vous fera l'accueil le plus aimable... (Saluant.) Monsieur... (A une dame qui s'en va sans avoir rien acheté.) Vous n'avez rien trouvé qui vous plaise, madame ?... Si vous voulez repasser demain, nous attendons des arrivages superbes...

Les acheteurs et les acheteuses ont successivement quitté la boutique. Les fleuristes s'occupent, les unes à tout remettre en ordre, les autres à confectionner des bouquets. — La musique s'arrête.

 

 

SCÈNE II

LES MÊMES, moins les ACHETEURS et les ACHETEUSES.

 

COQUENARD, qui va et vient avec impatience.

Agathe !... (Agathe, absorbée, ne l'entend pas.) Agathe !...

 

AGATHE, sursautant.

Monsieur Coquenard ?

 

COQUENARD.

Quelle heure est-il ?

 

AGATHE.

Neuf heures, mon ami...

Elle retombe dans ses réflexions.

 

COQUENARD.

Neuf heures... En ce moment, la compagnie se réunit pour l'élection de son capitaine... Etant candidat, je trouve plus digne de ne pas assister à la réunion, mais je suis sur des charbons !... Capitaine... dire que je me coucherai peut-être capitaine, comme Turenne... sur l'affût d'un canon... et si la patrie était en danger, je pourrais voler à son secours en criant : (D'une voix retentissante.) Aux armes !...

 

TOUTES LES FLEURISTES, effrayées.

Ah !

 

AGATHE.

Que c'est bête... J'ai cru que c'était le feu !...

 

SOPHIE.

Qu'est-ce qu'il y a donc ?

 

COQUENARD.

Rien, mademoiselle, rien !... Vaquez à vos occupations... continuez à vaquer... Vous ne pouvez rien comprendre à ce cri sorti de la poitrine d'un soldat... (A lui-même.) Oh ! la gloire !... les lauriers !... (Il se trouve nez à nez avec une dame qui entre dans la boutique. Changeant de ton et très aimable.) Madame désire ?... Un laurier ?... Non... pardon !... je voulais dire : un myrte ? Le myrte convient mieux au beau sexe. Allons ! une vendeuse... Mademoiselle Sophie...

 

SOPHIE.

Voilà... (Allant à la dame.) Madame.

 

COQUENARD.

A propos de vendeuse... Agathe ? (Voyant qu'Agathe ne répond pas.) Agathe ?

 

AGATHE, sursautant comme plus haut.

Mon ami ?

 

COQUENARD.

Personne ne s'est présenté depuis que nous avons affiché hier à notre vitrine : « On demande pour la vente deux demoiselles d'un physique engageant » ?

 

AGATHE.

Personne.

 

COQUENARD.

Tant pis ! Car la besogne presse... Les affaires augmentent tous les jours, notre magasin « Au Temple de Flore », est devenu le plus achalandé de la capitale, et, comme l'a si bien dit M. Guizot, il faut des serviteurs pour les institutions (S'apercevant qu'Agathe ne l'écoute plus.) Ah ! ça !... Agathe !... Agathe !...

 

AGATHE.

Mon ami ?...

 

COQUENARD

Qu'est-ce que tu as, à la fin ?

 

AGATHE.

Mais je n'ai rien...

 

COQUENARD.

Je te demande pardon !... Depuis quelques jours tu es préoccupée, mélancolique, avec des accès d'attendrissement... Cette nuit...

 

AGATHE, effarouchée.

Evariste !...

 

COQUENARD.

Tu n'y es pas !... Cela, je ne te le reprocherai jamais !... Au contraire (Reprenant.) Cette nuit tu as rêvé...

 

AGATHE, vivement, avec inquiétude.

Tout haut ?

 

COQUENARD.

Tout haut !

 

AGATHE, à part.

Sapristi !

 

COQUENARD.

Tu appelais…

 

AGATHE.

Qui ?

 

COQUENARD.

Je n'ai pas pu distinguer... Mais ta voix était suppliante... Je te dis que tu as quelque chose...

 

AGATHE.

Eh bien ! oui !...

 

COQUENARD.

Quoi ?

 

AGATHE.

Une erreur de vingt-cinq centimes dans mes comptes de la semaine dernière.

 

COQUENARD.

Et c'est pour vingt-cinq centimes que...

 

AGATHE.

Dame !... cinq sous ou mille francs, c'est toujours une erreur... et, dans le commerce, il n'en faut pas...
 

COQUENARD.

C'est vrai... (A part.) Neuf heures et demie... on vote... (Haut.) Ah ! Agathe !... quand on pense qu'à l'heure qu'il est, je le suis peut-être !...

 

AGATHE, vivement.

Tu pourrais supposer !...

 

COQUENARD.

Je fais plus que le supposer je l'espère...

 

AGATHE, étonnée.

Hein ?

 

COQUENARD, se posant.

Capitaine !...

 

AGATHE, avec un soupir de soulagement.

Ah ! bon !

 

COQUENARD.

Quoi ?

 

AGATHE.

Rien ! je crois que je tiens mon erreur !... Je cours m'en assurer. (A part, en montant l'escalier.) Il m'a fait une peur !... Ah ! Florestan ! Florestan ! Quel regret de vous avoir aimé !

Elle disparaît.

 

 

SCÈNE III

LES MÊMES, moins AGATHE.


COQUENARD.

Je ne tiens plus en place !... (Aux fleuristes.) Allons, mesdemoiselles !... Un peu d'activité, d'entrain !... Mademoiselle Héloïse, arrangez-moi cet étalage... Il manque de pittoresque...

 

HÉLOÏSE.

Bien, monsieur...

 

COQUENARD.

Mademoiselle Céleste ?

 

CÉLESTE.

Monsieur ?...

 

COQUENARD.

Avez-vous préparé les camélias pour la comtesse de Noisy ?

 

CÉLESTE.

Les voilà dans ce carton...

 

COQUENARD.

Parfait !... montez déjeuner tout de suite pour être prête plus tôt et les lui porter... C'est une cliente qu'il ne faut pas faire attendre... (Céleste s'en va par l'escalier.) Et vous, mademoiselle Sophie, approchez !

 

SOPHIE, se plantant devant lui.

Voilà, monsieur...

 

COQUENARD.

Je vous défends de me regarder avec ces yeux-là !

 

SOPHIE.

Tiens ! Avec quoi faut-il qu'on vous regarde ?

 

COQUENARD.

Avec ce que vous voudrez, mais pas avec vos yeux !... (L'examinant, à part.) ils sont troublants ses yeux !... Ah ! si je n'étais pas le père de mes employées !

Il se met machinalement à la caresser.

 

SOPHIE.

Hi ! hi !... Vous me chatouillez !...

 

COQUENARD, avec un bon sourire.

Je vous chatouille vraiment ?...

Il continue.

 

SOPHIE, se tordant.

Hi ! hi ! hi !...

 

COQUENARD, rappelé à lui-même, et à part.

Eh bien !... Qu'est-ce que je fais donc ? (Haut d'un ton paternel.) C'est par bonté, mon enfant... par intérêt... l'intérêt que je porte à toutes mes collaboratrices !... Allez !

 

SOPHIE, sans bouger.

C'est tout ce que Monsieur me voulait ?

 

COQUENARD.

Non !... Si !... Je ne sais plus... (A part.) Oh ! ces yeux !... Allons arroser mes géraniums, ça me calmera...

Il prend un arrosoir et sort par la porte qui se trouve sur le palier de l'escalier, à gauche.

 

 

SCÈNE IV

SOPHIE, IRMA, HÉLOÏSE, ZOÉ, ÉLISA, puis CÉLESTE.

 

A peine Coquenard a-t-il disparu que toutes se lèvent et entourent Sophie.

 

IRMA.

Qu'est-ce qu'il t'a dit, le patron ?

 

SOPHIE.

Rien encore... Il tourne, il tourne...

 

ZOÉ.

Pourquoi ça, qu'il tourne ?

 

SOPHIE.

Est-elle bête, cette petite Zoé !...

 

HÉLOÏSE.

C'est si jeune !... Le fait est que c'est un bien bel homme, le patron.

 

ÉLISA.

Je te crois !... et des manières !... Moi, j'aime ça, les belles manières !...

 

SOPHIE.

As-tu fini !... Ah ! je sens bien que le jour où il voudra me payer une toilette...

 

ZOÉ.

Qu'est-ce que vous ferez ?...

 

SOPHIE, la toisant.

Rien !... des crêpes !... (Toutes rient.) Après tout, il aurait bien tort de se gêner... sa femme lui donne l'exemple...

 

IRMA.

Quant à ça... ce jeune vicomte qui vient ici tous les jours depuis plus de trois mois...

 

ÉLISA.

Le vicomte Florestan !... Un bien gentil garçon… Et distingué !...

 

HÉLOÏSE.

Je t'en prie, laisse-nous tranquilles avec ta distinction !... (Aux autres.) Mais vous ne savez pas la nouvelle ?...

 

TOUTES, se pressant.

Quoi ?... Quoi ?...

 

HÉLOÏSE.

Il la lâche !

 

TOUTES.

Vraiment ?

 

HÉLOÏSE.

Oui, mes chères... On se marie… on fait une fin...

 

IRMA.

C'est donc ça que madame Coquenard est de si mauvaise humeur depuis quelques jours ?

 

HÉLOÏSE.

Juste !

 

CÉLESTE, paraissant en haut de l'escalier.

Mesdemoiselles, je vous annonce que le café au lait vous attend.

 

ZOÉ.

Il ne faut pas le faire languir... Vite, au déjeuner !

 

TOUTES.

Au déjeuner !

Elles montent vivement.

 

CÉLESTE.

Dépêchez-vous... j'ai une course à faire quand vous aurez fini... (Restée seule.) En attendant, je vais me préparer.

Elle entre à gauche.

 

 

SCÈNE V

HÉLÈNE, ERMERANCE, SÉRAPHIN.

 

Musique. — Hélène et Ermerance en élégantes toilettes du matin paraissent à droite, pan coupé, suivies de Séraphin en tenue de piqueur, tunique sanglée, culotte blanche, bottes, chapeau à cocarde.

 

Couplets.

 

I

HÉLÈNE.

Ah ! la charmante promenade !

Qu'au matin, Paris est joyeux !

Partout ce sont des amoureux

Echangeant une tendre aubade,

Et le gai salut des pinsons

Aux ouvrières matinales,

Leurs compagnes et leurs rivales,

Qui vont prodiguant les chansons !

 

O ma tante ! ma bonne tante !

Nous devrions, c'est bien certain,

Ne jamais sortir qu'au matin !

 

ERMERANCE.

J'y consens, si ça te contente...

 

SÉRAPHIN, planté immobile an fond, à droite, près de la porte, à part.

Eh ben ! Eh ben !

Ce sera gai pour le larbin !

 

II

HÉLÈNE.

Combien de surprises m'enchantent !

J'ignorais qu'il fût des commis,

Jolis garçon et très bien mis,

De braves ouvriers qui chantent

Et des grisettes, sous le ciel,

Descendant des faubourgs, pareilles

A d'infatigables abeilles

Qui s'en vont butiner le miel !

 

O ma tante ! ma bonne tante !

Nous devrions, c'est bien certain,

Ne jamais sortir qu'au matin !

 

ERMERANCE.

J'y consens, si ça te contente !

 

SÉRAPHIN, même jeu que plus haut.

Eh ben ! Eh ben ! Ce sera gai pour le larbin !

 

ERMERANCE, regardant autour d'elle.

Eh bien !... la boutique est déserte !... Je ne m'étonne plus qu'on ait affiché à la porte un écriteau demandant deux demoiselles… ça manque de personnel, ici !

 

HÉLÈNE.

Qu'importe, ma bonne tante !... nous ne sommes pas pressées...

 

SÉRAPHIN, entre ses dents.

C'est que je le suis, moi !

 

ERMERANCE, se retournant.

Hein ?.. Vous avez dit, monsieur Séraphin ?

 

SÉRAPHIN, au port d'armes.

Rien du tout, madame la comtesse.

 

ERMERANCE.

Vous murmurâtes, il me semble...

 

SÉRAPHIN.

Je murmurâte !... Eh bien oui, tout de même !... Mais timidement, madame la comtesse... Bien timidement... comme un faible agneau... Pensez que je me marie aujourd'hui !...

 

ERMERANCE.

Bah !... à midi seulement !

 

SÉRAPHIN.

Oui, mais la noce a lieu extra-muros, comme qui dirait, à la campagne... Aussi je ne dissimulerai pas à madame la comtesse Ermerance de Champ d'Azur ni à mademoiselle Hélène de Solanges, qu'en ce moment, ma douce fiancée Denise, doit piétiner, et que moi je piaffe...

 

ERMERANCE.

Vous piaffez !...

 

SÉRAPHIN.

Oh ! comme un faible agneau !

 

ERMERANCE.

C'est bon !... Allez piaffer dehors... Nous n'en avons pas, du reste, pour longtemps...

 

SÉRAPHIN.

J'y vais, madame la comtesse !... (A part.) C'est égal !... De service un jour de noces, c'est dur ! Heureusement que j'ai la nuit en perspective...

 

ERMERANCE.

Qu'est-ce que vous dites encore ?

 

SÉRAPHIN.

Rien du tout, madame la comtesse... C'est des petites réflexions à moi...

Il sort par la droite et on l'aperçoit faisant les cent pas sur le boulevard.

 

 

SCÈNE VI

HÉLÈNE, ERMERANCE.

 

HÉLÈNE, regardant s'éloigner Séraphin.

Pauvre garçon !... il est pressé... Je dois comprendre ça, moi qui dois me marier aussi !

 

ERMERANCE.

Oh ! pas aujourd'hui !

 

HÉLÈNE.

Presque !... puisque c'est ce soir qu'a lieu la présentation... Il y a huit jours, la reine Marie-Amélie me fait appeler et me dit : Ma chère enfant, vous avez dix-huit ans ; je vous ai déjà donné une preuve de ma royale amitié en vous attachant à ma personne en qualité de demoiselle du Palais. Je vais vous en donner une seconde : le roi et moi, nous avons fait choix pour vous d'un époux...

 

ERMERANCE.

Le vicomte Florestan de Valaincourt...

 

HÉLÈNE.

Attaché du cabinet... Et c'est ce soir qu'on nous présente l'un à l'autre au bal des Tuileries... Aussi, vous jugez de mon impatience !... Car, si le vicomte ne me connaît pas...

 

ERMERANCE.

Tu le connais, toi... et tu le trouves ?...

 

HÉLÈNE.

Charmant ! c'est vrai... Mais pas curieux, par exemple... Comprenez-vous que, depuis huit jours, il n'ait pas une seule fois cherché à me voir !... Voyons, ma tante, vous avez été mariée...

 

ERMERANCE, soupirant.

Hélas !...

 

HÉLÈNE.

Eh bien ! Est-ce que feu le comte de Champ d'Azur, mon oncle, n'était pas plus empressé que ça ?

 

ERMERANCE.

Il l'était trop, ma nièce... C'est ce qui fait qu'il n'a pas duré très longtemps... Six mois de mariage, et je suis restée avec un grand vide...

 

HÉLÈNE.

Au cœur !...

 

ERMERANCE.

Au cœur !... (A part, en soupirant.) Partout !

 

 

SCÈNE VII

LES MÊMES, CÉLESTE.

 

CÉLESTE, revenant et les apercevant.

Comment ! Ces dames sont seules !... Oh ! que d'excuses !... Il fallait appeler !... le magasin déjeune !... qu'y a-t-il pour votre service, mesdames ?

 

ERMERANCE.

Nous voudrions voir des garnitures de corsage pour un bal...

 

CÉLESTE.

Si ces dames veulent me suivre, elles pourront choisir elles-mêmes les fleurs sur pied.

 

HÉLÈNE.

C'est ça, conduisez-nous.

 

CÉLESTE, ouvrant une porte du fond à gauche, sous la galerie.

Par ici...

 

HÉLÈNE, entrant.

Allons, ma tante...

 

ERMERANCE.

Voilà !... (A part, suivant son idée.) Oui, partout !...

Elle entre à son tour, suivie de Céleste. Séraphin qui, en passant et repassant, s'est arrêté à la porte, les voit entrer.

 

 

SCÈNE VIII

SÉRAPHIN, puis SOPHIE, IRMA, HÉLOÏSE, ZOÉ, ÉLISA.

 

SÉRAPHIN, entrant.

Eh bien !... les voilà qui s'en vont flâner ailleurs... Bon sang de bon sang !... Elles n'en finiront pas ! Et pendant ce temps-là, ma Denise continue à piétiner ! C'est-il bisquant tout de même !...

 

SOPHIE, paraissant sur l'escalier.

Allons, mesdemoiselles, remettons-nous au travail.

Elle descend avec les autres.

 

ZOÉ.

Tiens ! un client !...

 

SOPHIE.

Mais non c'est un domestique !...

 

SÉRAPHIN, à part.

Les demoiselles de magasin... Cristi !... On se met bien dans les fleurs !...

 

IRMA, allant à lui.

Vous désirez, mon garçon ?

 

SÉRAPHIN.

Rien... C'est-à-dire, si ! Je désirerais m'en aller…


ZOÉ.

Qui vous en empêche ?

 

SÉRAPHIN.

J'attends mes bourgeoises qui sont là…

 

HÉLOÏSE.

Eh bien ! Attendez-les... Est-ce que vous avez peur de vous ennuyer avec nous ?

 

SÉRAPHIN.

Je ne dis pas ça... En temps ordinaire, je suis même sûr que je m'amuserais beaucoup... mais pas aujourd'hui...

 

ÉLISA.

Pourquoi, pas aujourd'hui...

 

SÉRAPHIN.

Parce qu'aujourd'hui les femmes ne comptent pas pour moi.

 

ZOÉ.

Vraiment ?...

 

SÉRAPHIN.

Oui... Rien à faire, mesdemoiselles... il n'y en a plus qu'une, une seule !... Denise Badureau, ma fiancée, qui, avant midi, sera madame Séraphin.

 

IRMA.

Séraphin ! Il s'appelle Séraphin !...

 

TOUTES.

Séraphin !...

 

SÉRAPHIN.

De père en fils... C'est suave, n'est-ce pas ?

 

SOPHIE.

Je crois bien !... (Bas aux autres.) Il a une bonne tête, le Séraphin !

 

Morceau d'ensemble.

 

I

TOUTES, l'entourant.

Bonjour, monsieur Séraphin

Souffrez qu'on vous félicite !

Un garçon d'un tel mérite

Doit être heureux, c'est certain !

Vous avez fort bonne mine,

L'œil est vif et provocant,

Le profil est élégant

Et la jambe parait fine...

Enviable est le destin

De madame Séraphin !

 

SÉRAPHIN, se rengorgeant.

C'est aussi ce que je pense

Et Denise a de la chance !

 

TOUTES, riant.

Ah ! Ah ! Ah !

 

SÉRAPHIN, riant de les voir rire.
Ah ! Ah ! Ah !

 

[ LES FLEURISTES.

[ C'est amusant, en vérité

[ Il se pavane, il fait la roue

[ Et ne voit pas que l'on se joue.

[ De sa naïveté !

[

[ SÉRAPHIN.

[ C'est fort honnête, en vérité !

[ Et de votre accueil je me loue

[ Je suis touché, je vous l'avoue,

[ De tant d'urbanité !

 

II

TOUTES.

Bonjour, monsieur Séraphin,

Si l'on se sentait jalouse,

On en voudrait à l'épouse

Qu'attend un si bel hymen.

Soyez heureux et prospère

Et puisse-t-elle bientôt

Vous présenter un marmot

Dont vous serez bien le père !...

Enviable est le destin

De madame Séraphin !

 

SÉRAPHIN.

C'est aussi ce que je pense

Et Denise a de la chance !

 

TOUTES, riant.

Ah ! Ah ! Ah !

 

SÉRAPHIN, riant de les voir rire.
Ah ! Ah ! Ah !

 

[ LES FLEURISTES.

[ C'est amusant, en vérité

[ Il se pavane, il fait la roue

[ Et ne voit pas que l'on se joue.

[ De sa naïveté !

[

[ SÉRAPHIN.

[ C'est fort honnête, en vérité !

[ Et de votre accueil je me loue

[ Je suis touché, je vous l'avoue,

[ De tant d'urbanité !

 

 

SCÈNE IX

LES MÊMES, COQUENARD.
 

COQUENARD, paraissant à droite, deuxième plan.

Eh bien ! mesdemoiselles ! Qu'est-ce que vous faites ?

 

TOUTES.

Oh ! le patron !

Elles se séparent vivement.

 

COQUENARD.

Il me semble qu'on musarde au lieu de travailler… Et nous avons un lot de camélias qui arrive...

 

SOPHIE.

Nous y allons, monsieur !

Elle s'en va avec Irma, à gauche, par la porte du palier.

 

COQUENARD, apercevant Séraphin de dos.

Un uniforme !... Mon sort est décidé... (Séraphin se retourne et met son chapeau.) Non, c'est un domestique. Il m'a flanqué une émotion !... (A Séraphin.) Qu'est-ce que vous demandez ?

 

SÉRAPHIN.

J'attends mes bourgeoises qui n'en finissent pas.

 

COQUENARD.

Allez les attendre dehors !

 

SÉRAPHIN.

On y va !... (A part.) Pas commode, l'homme aux fleurs... il est plein d'épines... (En sortant.) Bon sang de bon sang ! Que je me fais t'y donc vieux !... Je vais toujours me faire friser... Ça me gagnera du temps.

 

COQUENARD, à part.

Ce retard commence à m'inquiéter... Serais-je en ballottage ?... (A Héloïse et Élisa.) Mesdemoiselles, vos comptoirs sont en désordre !... Allons ! Allons !... un peu plus de zèle !

 

ZOÉ, qui était remontée, paraissant au haut de l'escalier.

Madame fait dire à monsieur que son café au lait est froid...

 

COQUENARD.

C'est vrai !... Je l'avais oublié... (En montant.) Je ne sais plus où j'en suis... (D'en haut.) S'il vient une lettre... ou un tambour... ou les deux à la fois, vous m'appellerez immédiatement...

Il disparaît.

 

ÉLISA.

Qu'est-ce qu'il a donc le patron, ce matin, à nous secouer comme ça ?

 

HÉLOÏSE.

Je ne sais pas... Il se sera peut-être aperçu de quelque chose pour madame...

 

ÉLISA.

Ça, ça serait drôle !...

Elles ont pris sur le comptoir des fleurs et des plantes et se dirigent vers le fond à droite, sous la galerie où elles entrent, pendant que Hélène, Ermerance et Céleste reviennent par le fond à gauche.

 

 

SCÈNE X
HÉLÈNE, ERMERANCE, CÉLESTE.

 

ERMERANCE.

C'est bien entendu, mademoiselle, ce soir avant huit heures ?

 

CÉLESTE.

Ces dames peuvent y compter... Vous permettez ? Le temps de prendre ce carton et je vous reconduis.

Elle va au comptoir.

 

ERMERANCE.

Ne vous dérangez pas...

 

CÉLESTE.

Si ! Si ! Je suis à vous !

 

HELENE, qui avait pris les devants, s'arrêtant à la porte, à mi-voix.

Ah ! ma tante !

 

ERMERANCE.

Quoi ?

 

HÉLÈNE.

Le vicomte de Valaincourt avec des amis !... Il vient de ce côté.

 

ERMERANCE.

Désigne-le moi. Je serais enchantée de le connaître.

 

HÉLÈNE.

Restons !... Vous pourrez l'apprécier tout à votre aise. Et puis, je ne serais pas fâchée de savoir ce qu'il vient faire ici...

 

ERMERANCE.

Ma foi, la curiosité l'emporte ! (A Céleste qui attend, son carton à la main.) Réflexion faite, mademoiselle, nous avons d'autres choix à faire... Ne vous occupez pas de nous...

 

CÉLESTE.

Mais je vais appeler...

 

ERMERANCE.

C'est inutile... allez...

 

CÉLESTE.

Comme ces dames voudront... Mesdames...

Elle salue et sort.

 

HÉLÈNE, qui a rouvert la porte par où elles venaient de sortir.

Vite, ma tante...

 

ERMERANCE, gaîment.

Ça a tout le parfum d'une aventure !

Elle rentre à gauche avec Hélène. — Musique.

 

 

SCÈNE XI

ZOÉ, puis SOPHIE, IRMA, HÉLOÏSE, ÉLISA, puis FLORESTAN, OCTAVE, FÉLICIEN, puis COQUENARD et AGATHE.

 

ZOÉ, descendant vivement par l'escalier.

Mesdemoiselles ! Mesdemoiselles !... Voici le vicomte !

 

SOPHIE, accourant avec les autres.

Le vicomte Florestan !

 

ZOÉ.

Avec ses amis !... Je les ai aperçus de là-haut !

 

TOUTES, courant au fond.

Mais oui !

 

ZOÉ.

Quelle chance ! Ils sont si gais !

Elles se sont toutes rangées sur le passage des jeunes gens qui arrivent.

 

FLORESTAN, entrant avec ses deux amis.

Bonjour, mes belles !...

A Octave et à Félicien.

 

 

 

Jean Périer (Florestan) dans l'acte I lors de la création

 

 

Couplets.

 

I

Vrai Dieu ! mes bons amis,

Pour qui sait employer la vie

Il n'est tel qu'un grain de folie :

A vingt ans, c'est le paradis !

Nous avons pour nous la jeunesse,

Il faut gaîment en profiter :

Quel chagrin peut-on redouter

Entre les bras d'une maîtresse ?

 

Matin et soir, la nuit, le jour,

Aimant la brune, aimant la blonde,

Il n'est qu'un seul refrain au monde :

Vivent les femmes et l'amour !

Aimant la brune, aimant la blonde,

Chantons, amis, les femmes et l'amour.

Non ! rien ne vaut l'amour !

 

II

L'amour c'est le soleil,

Dont l'ardeur enivre notre âme,

Et c'est lui qui donne à la femme

Ce charme à nul autre pareil !

Loin de nous les esprits moroses

Qui veulent nous moraliser :

La morale, c'est le baiser :

Cueilli sur deux lèvres bien roses !

 

Matin et soir, la nuit, le jour,

Aimant la brune, aimant la blonde,

Il n'est qu'un seul refrain au monde :

Vivent les femmes et l'amour !

Aimant la brune, aimant la blonde,

Chantons, amis, les femmes et l'amour.

Non ! rien ne vaut l'amour !

 

 

    

 

Air "Vrai Dieu, mes bons amis"

Roger Bourdin (Florestan) et Orchestre de l'Opéra-Comique dir. Gustave Cloëz

Odéon 188.552, mat. KI 1447-3, enr. vers 1928

 

 

 

 

 

 

 

TOUTES, l'entourant.

Bonjour, monsieur le vicomte !...

 

OCTAVE.

Ce Florestan ! Il n'y en a que pour lui !

 

FÉLICIEN.

Toutes les femmes en raffolent !

 

FLORESTAN.

De même que je raffole de toutes les femmes.

 

TOUTES, riant.

Ah ! Ah !

 

COQUENARD, qui a paru sur l'escalier avec Agathe.

Je le disais bien !... Ces rires ! Cette gaîté !... Ça ne pouvait être que le vicomte !

 

FLORESTAN.

Lui-même, mon cher Coquenard... (A Agathe.) qui vient vous exprimer, madame, toute sa tristesse de renoncer à une existence à laquelle le rattachaient tant de souvenirs... (Bas.) et dont il gardera tant de regrets...

 

AGATHE, de même.

On ne le dirait pas !

 

FLORESTAN.

Mais que voulez-vous ? Tout conspire contre moi, y compris le roi Louis-Philippe lui-même, qui devrait pourtant être dégoûté des conspirations !... Il a fait appeler le duc Horace de Valaincourt, mon oncle, qui est grand intendant du palais, et lui a dit qu'après m'avoir attaché à son cabinet, il ne pouvait tolérer plus longtemps ma vie de plaisir et de dissipation.

 

COQUENARD.

Le fait est que vous vous en êtes donné !

 

FLORESTAN.

Pas encore assez !... mais c'est fini !... Pour y couper court, le roi exige que je me marie et, ce soir, au bal des Tuileries, on me présente ma fiancée, une jeune fille de l'entourage de la reine, mademoiselle Hélène de Solanges...

 

AGATHE.

Que vous aimez, sans doute ?

Elle va à droite, du côté de la devanture.

 

FLORESTAN, allant à elle.

Que je ne connais pas, et que je n'ai même pas voulu voir avant le moment fatal...

Il pose son chapeau et sa canne sur une chaise à droite.

 

AGATHE.

Alors, il fallait dire non !...

 

FLORESTAN.

Impossible !... mon oncle avait trop bien pris ses mesures... Il s'est procuré, sans beaucoup de peine du reste, une jolie petite lettre de change de vingt mille francs signée de moi, dûment protestée et munie d'une contrainte en bonne forme... Puis il m'a proposé cette alternative : le mariage ou Clichy !... Comment résister à de pareils arguments ?... Tenez ! En ce moment, je suis même gardé à vue...

 

AGATHE.

Gardé à vue !

 

FLORESTAN.

Oui... il y a là à la porte, un garde en faction !


COQUENARD, vivement.

Un homme en faction !... Un garde national peut-être... Le tambour avec ma nomination...

 

FLORESTAN.

Ce n'est pas un tambour... C'est M. Loustot... Charmant garçon, d'ailleurs et que je vous demande la permission de vous présenter... (Allant au fond.) Entrez donc, cher ami !...

 

 

SCÈNE XII

LES MÊMES, LOUSTOT.

 

LOUSTOT, à la porte du fond.

Monsieur le vicomte me fait l'honneur de m'appeler ?

Il entre, redingote râpée, chapeau usé, l'air pauvre.

 

FLORESTAN, le présentant.

Mesdames et messieurs, mon inséparable, mon second moi-même, mon ange gardien, mon ombre, monsieur Loustot...

 

LOUSTOT, saluant.

Mesdames, messieurs...

 

FLORESTAN.

Le plus aimable des compagnons, j'en conviens, mais le plus intraitable de ces bourreaux de liberté que la Justice nomme des exécuteurs de la loi, et que le commun appelle des recors...

 

TOUS, avec un mouvement de recul.

Oh !...

 

FLORESTAN.

Mais pas un recors ordinaire... Devinez, mesdames et messieurs, quelle personnalité se cache sous les habits râpés et le chapeau douteux de Loustot ? Tout simplement, le noble rejeton d'une ancienne famille, le baron des Merlettes.

 

LOUSTOT, se rengorgeant.

Branche aînée.

 

COQUENARD, surpris.

Un recors qui est baron...

 

LOUSTOT.

Authentique !... Il y a deux ans à peine, je brillais au firmament de la jeunesse dorée, tout comme le vicomte... et aujourd'hui... la fortune a de ces vicissitudes !

 

COQUENARD.

Mais par suite de quelles circonstances.

 

LOUSTOT.

Les circonstances, elles se résument en un mot : les femmes !

 

AGATHE.

Les femmes ?

 

LOUSTOT.

Et ferme !... (A Agathe.) Surtout quand elles étaient jolies, comme vous, ma belle...

 

AGATHE.

Trop aimable !

 

COQUENARD, à Loustot.

Ma femme.

 

LOUSTOT.

Ma foi ! Vous en avez bien l’air !...

 

Couplets.

 

I

Quand j'étais baron des Merlettes,

Toutes les femmes m'adoraient ;

Femmes du monde ou bien grisettes,

Le jour, la nuit, m'accaparaient !

De mon grand nom pour être digne

Je n'eus d'autres lois que mon goût,

Mais l'heure sonna de la guigne,

De mon argent je vis le bout !

Quelles débâcles sont les nôtres !

Clichy voulut me retenir,

Et je ne vis pour en sortir

Qu'un moyen : y fourrer les autres !...

 

Et voilà comment, aussitôt,

Des Merlettes devint Loustot,

Comment, pour expier mes torts,

Je dus m'engager dans le corps

Des recors !

 

II

C'est un emploi, je le confesse,

Qui manque plutôt de vernis,

Mais j'y fréquente la noblesse

Et j'y retrouve des amis !

J'y fais de belles connaissances

Qui pourront me servir un jour,

A moins qu'ayant les mêmes chances

Elles ne me prennent mon tour.

Enfin, pour ma nouvelle vie,

Trop pleine d'abdication,

Si j'ai peu d'inclination,

J'ai beaucoup de philosophie !...

 

Et voilà comment, en un mot,

Des Merlettes devint Loustot,

Comment, pour expier mes torts,

Je dus m'engager dans le corps

Des recors !

 

... Du reste, je n'avais pas le choix... Le garde du commerce qui m'avait coffré, mettait ma liberté à ce prix...

 

COQUENARD, à Loustot.

Si jamais je dois être conduit à Clichy, je vous promets ma pratique...

 

LOUSTOT.

A votre service !...

 

FLORESTAN.

Mais ce soir, baron, votre philosophie aura sa récompense...

 

LOUSTOT.

C'est vrai... Le duc, votre oncle, m'a promis qu'aussitôt votre contrat signé je toucherai la forte prime... Six mois de noce au moins !... Vicomte, je vous promets de vous inviter.

 

FLORESTAN.

En attendant, c'est moi qui vous invite... Oui !... J'entends employer gaîment mon dernier jour de liberté !... (bas à Agathe.) En vous le consacrant... (Haut.) J'emmène tout le magasin à Romainville.

 

LES FLEURISTES, avec joie.

Ah !

 

LOUSTOT.

Je vous recommande le restaurant du Tourne Bride... J'étais un habitué... de mon temps...

 

FLORESTAN, à Agathe.

Est-ce dit ?

 

AGATHE.

Dame ! C'est bien tentant...

 

COQUENARD.

Mais permettez... Et la vente ?...

 

FLORESTAN.

Bah ! pour combien vous reste-t-il de fleurs ?

 

COQUENARD.

Dame... deux mille, deux mille deux, à peu près…

 

FLORESTAN.

J'achète le tout !

 

TOUS.

Oh !

 

AGATHE, à part.

Il est superbe !

 

COQUENARD, à part.

J'aurais dû dire trois...

 

FLORESTAN.

Fleurissez-vous, mes toutes belles...

 

TOUTES.

Ah !

Elles s'emparent des fleurs.

 

LOUSTOT, à Agathe.

Très chic !... De mon temps, je n'aurais pas trouvé mieux !...

 

FLORESTAN.

Eh bien, monsieur Coquenard ?

 

COQUENARD.

C'est sans réplique !... Accepté !...

 

LES FLEURISTES.

Vive le patron !...

 

FLORESTAN.

Allez vite vous préparer, mesdemoiselles.

 

TOUTES.

Oui ! Oui !

Elles se précipitent sur l'escalier.

 

EDMOND.

Nous, nous allons nous occuper des voitures...

 

JULES.

Et prévenir les camarades...

 

FLORESTAN.

C'est ça... (Les jeunes gens s'en vont ; à Agathe.) Et nous tâcherons d'oublier jusqu'à ce soir cette mademoiselle de Solanges que je ne connais pas, mais que je vois d'ici : une bonne demoiselle de province comme les aime la reine, avec des airs modestes, une tournure guindée et des pantalons jusqu'aux chevilles. Ce que les familles appellent une perle et les hommes une petite dinde !...

 

TOUS, riant.

Une petite dinde !...

 

HÉLÈNE, qui à plusieurs reprises avait rouvert la porte et s'était avancée pour écouter.

Petite dinde !...

Elle referme vivement la porte et disparaît.

 

LOUSTOT, à Coquenard.

J'en voudrais bien une pareille, moi !... avec beaucoup de truffes !

 

COQUENARD.

Oui... Mais je vous demande pardon... il faut que j'aille m'habiller.

 

LOUSTOT.

Faites donc... (En sortant.) Allons, vicomte ?

 

COQUENARD, montant l'escalier.

Tu viens, Agathe ?

 

AGATHE, du fond.

Je te suis, mon ami...

 

FLORESTAN, qui reconduit Coquenard.

A tout à l'heure, mon cher Coquenard.

Coquenard sort par la porte du palier à gauche.

 

 

SCÈNE XIII

HÉLÈNE, ERMERANCE, AGATHE, FLORESTAN.

 

HÉLÈNE, reparaissant, très agitée.

Partons, ma tante ! (Apercevant Florestan et Agathe) Oh !

Elle se cache vivement avec Ermerance derrière les plantes qui sont en bas de l'escalier.

 

AGATHE, à Florestan.

Restez !... nous avons à causer !...

 

FLORESTAN, à part.

La scène redoutée !... Il n'y avait pas moyen de l'éviter...

Moment de silence.

 

AGATHE.

Florestan !...

 

FLORESTAN, gêné.

Agathe !

 

HÉLÈNE, à part.

Il paraît qu'ils se connaissent bien !

 

AGATHE, avec élan.

Mon Florestan !

 

FLORESTAN, la calmant.

Voyons ! Voyons !

 

 

 

Mariette Sully (Hélène), Léonie Laporte (Ermerance), Jean Périer (Florestan) et Anna Tariol-Baugé (Agathe) dans l'acte I lors de la création

 

 

Quatuor.

 

AGATHE.

Alors, tout est fini ?

 

FLORESTAN.

Le sort le veut ainsi !

 

AGATHE.

Cruel ! Vous oubliez Agathe !

 

FLORESTAN.

Me croyez-vous une âme ingrate ?...

Au contraire, je fais serment

De penser à vous très souvent.

 

HÉLÈNE, à part.

O perspective qui me flatte !

 

AGATHE, avec explosion, se jetant dans les bras de Florestan.

Mon Florestan !

Pourtant ! Pourtant !

Je t'aimais tant !

 

FLORESTAN.

Voyons ! Chérie !

Je vous en prie !...

Si quelqu'un nous voyait !...

 

AGATHE.

Eh bien ! c'est vous qu'on blâmerait !...

 

[ AGATHE.

[ Ah ! je t'en conjure !

[ Ne sois pas parjure !

[ Reste-moi, mon Florestan !

[ Je maudis la créature

[ Qui me ravit mon amant !

[

[ FLORESTAN, à part.

[ Fâcheuse aventure !

[ Pour une rupture,

[ Ça prend difficilement!

[ C'est bien gênant, je le jure,

[ D'être aimée si tendrement !

[

[ HÉLÈNE, à part.

[ Bizarre aventure !

[ Pour une future,

[ Le spectacle est régalant !

[ Mais d'une pareille injure

[ Il sera puni, vraiment !

[

[ ERMERANCE, à part.

[ Bizarre aventure !

[ Avec ma nature,

[ Cette scène, assurément,

[ Paraît prendre une tournure

[ Qui me trouble énormément !

 

I

FLORESTAN.

Le mal n'est pas irréparable :

Vous trouverez d'autres amours !

 

AGATHE.

Non ! non ! je suis inconsolable !

Je veux pleurer au moins huit jours !

 

FLORESTAN.

Y songez-vous ? huit jours de larmes !

Que deviendront ce teint si blanc,

Ces yeux au regard plein de charmes !

 

AGATHE, s'essuyant les yeux.
Ah ! dame ! vous m'en direz tant !

 

HÉLÈNE et ERMERANCE, à part.

Charmant ! Charmant !

Au moins, voilà du sentiment !

Charmant ! Charmant !

Il faut voir ça patiemment.

 

II
FLORESTAN.

Voyons ! restons bons camarades,

Il faut se faire une raison !

 

AGATHE.

Non ! Non ! Craignez mille algarades

Pour payer votre trahison.

 

FLORESTAN.

Et moi, je veux qu'on me pardonne !

Pourrais-tu résister vraiment

Aux doux baisers que je te donne !


AGATHE.

Ah ! dame ! Vous en ferez tant !

 

HÉLÈNE, et ERMERANCE, à part.

Charmant ! Charmant !

Il faut voir ça patiemment !

Charmant ! Charmant !

Il faut voir ça patiemment !

 

FLORESTAN, allant remettre son chapeau et prendre ma canne.

Eh bien ! c'est calmé, maintenant ?
 

AGATHE.

C'est calmé, mais, pourtant !

Se rejetant dans ses bras.

Mon Florestan !

Pourtant ! Pourtant !

Je t'aimais tant !

 

FLORESTAN, à part.

Ah ! mais ça devient fatigant !

 

REPRISE ENSEMBLE

 

[ AGATHE.

[ Ah ! je t'en conjure !

[ Ne sois pas parjure !

[ Reste-moi, mon Florestan !

[ Je maudis la créature

[ Qui me ravit mon amant !

[

[ FLORESTAN, à part.

[ Fâcheuse aventure !

[ Pour une rupture,

[ Ça prend difficilement!

[ C'est bien gênant, je le jure,

[ D'être aimée si tendrement !

[

[ HÉLÈNE, à part.

[ Bizarre aventure !

[ Pour une future,

[ Le spectacle est régalant !

[ Mais d'une pareille injure

[ Il sera puni, vraiment !

[

[ ERMERANCE, à part.

[ Bizarre aventure !

[ Avec ma nature,

[ Cette scène, assurément,

[ Paraît prendre une tournure

[ Qui me trouble énormément !

 

FLORESTAN.

Voyons ! Voyons !... Ne pensons plus à tout ça et n'attristons pas les dernières heures que nous avons à passer ensemble !... Tâchons qu'elles soient les meilleures, au contraire...

 

AGATHE, résignée.

Je ferai mon possible, mon ami !

 

FLORESTAN, la conduisant vers l'escalier.

Allez vous faire bien belle, pour m'inspirer plus de regrets encore... A tout â l'heure, mon Agathe !...

 

AGATHE.

A tout à l'heure, Florestan... (Elle monte. — S'arrêtant en haut de l'escalier.) Mais c'est bien vrai, au moins ?

 

FLORESTAN.

Quoi ?

 

AGATHE.

Que c'est une petite dinde ?

 

FLORESTAN.

Oui, grosse bête !... (Il lui envoie un baiser. — Agathe disparaît. — A part.) Ouf !...

Il sort vivement par la porte de droite.

 

 

SCÈNE XIV

HÉLÈNE, ERMERANCE.

 

HÉLÈNE, sortant de sa cachette.

Eh bien ! ma tante !... Il me semble que me voilà suffisamment édifiée !... Monsieur Florestan m'épouse parce que le roi le lui impose !... Monsieur Florestan consent à prendre femme parce que c'est la seule façon d'éviter la prison pour dettes !...

 

ERMERANCE, la calmant.

Allons ! Allons !... L'histoire de ton vicomte est un peu celle de tous les hommes avant le mariage.
 

HÉLÈNE.

Même de M. de Champ d'Azur ?

 

ERMERANCE.

Je ne sais pas... je n'ai jamais approfondi... J'étais si occupée autrement...

 

HÉLÈNE, se montant de plus en plus.

Ah ! je suis une petite provinciale avec des pantalons jusqu'aux chevilles... Ah ! je suis une petite dinde !...

 

ERMERANCE.

Voyons ! Hélène !...

 

HÉLÈNE, sans l'écouter.

 

Couplets.

 

I

Petite dinde ! Ah ! quel outrage !

Vraiment, je suffoque de rage !

Pour me traiter du haut en bas

Ce monsieur ne me connaît pas !...

Il ne sait rien de ma personne,

Ni si je suis méchante ou bonne,

Ni la couleur de mes cheveux,

Ni ce que sont mon nez, mes yeux !

Et, tout gonflé dans sa cravate,

Il veut trancher ! Du coup j'éclate !

 

Ah ! monsieur Florestan !

A nous deux maintenant !

Entre nous c'est la guerre !

Et bientôt, je l'espère,

Je vous le prouverai tout sec :

La petite dinde a bon bec !

 

II

Et moi, j'allais, pauvre ingénue !

Venir à lui, tremblante, émue !

Je me faisais un doux roman

Dont il était le dénouement !

Fière de me dire sa femme,

Je lui donnais toute mon âme

Et, prête à me laisser charmer,

Je ne demandais qu'à l'aimer !...

Mais c'est fini ! Brisé, le charme !

Je lui dois ma première larme !...

 

Ah ! monsieur Florestan !

A nous deux maintenant !

Entre nous c'est la guerre !

Et bientôt, je l'espère,

Je vous le prouverai tout sec :

La petite dinde a bon bec !

 

(Appelant.) Séraphin ! Séraphin !...

 

 

SCÈNE XV

LES MÊMES, SÉRAPHIN.
 

SÉRAPHIN.

Voilà, mademoiselle... Je m'ai fait friser...

 

HÉLÈNE.

Nous n'avons plus besoin de vous... Vous êtes libre jusqu'à ce soir...

 

SÉRAPHIN.

Veine !... Je vole vers ma Denise !

 

HÉLÈNE.

Ah ! Séraphin !...

 

SÉRAPHIN.

Mademoiselle ?...

 

HÉLÈNE.

Je ne sais pas comment sont les pantalons de votre fiancée.

 

ERMERANCE, la rappelant à l'ordre.

Hélène !

 

SÉRAPHIN, surpris.

Moi non plus, mademoiselle...

 

HÉLÈNE.

Mais qu'ils soient longs ou courts, si vous ne vous montrez pas galant et soumis, vous aurez affaire à moi... Allez !...

 

SÉRAPHIN.

Oui, mademoiselle... (A part, en s'en allant.) Pourquoi qu'elle m'a parlé des pantalons de Denise ?

 

ERMERANCE.

Ah ! ça ! Que veux-tu faire ?

 

HÉLÈNE.

Lui donner la leçon qu'il mérite !... Rapportez-vous en à moi... Je veux le prendre, le surprendre, le mettre à mes pieds... Et ce soir, au bal des Tuileries, quand il se retrouvera face à face avec moi, quand il verra ce qu'est la petite dinde, la provinciale aux pantalons qui descendent jusqu'aux chevilles, je me promets de m'amuser de sa confusion, sinon de son repentir !...

 

ERMERANCE.

Mais, ma nièce...

 

HÉLÈNE.

Oh ! nous n'avons pas le temps d'entrer dans de plus longues explications !... Venez, ma tante...

 

ERMERANCE.

Je suis sûre que tu médites quelque folie...

 

HÉLÈNE, l'entraînant.

Peut-être bien !...

 

ERMERANCE.

Dire que j'étais comme ça !...

Elles sortent. Coquenard paraît en haut de l'escalier.

 

 

SCÈNE XVI

COQUENARD, puis UN TAMBOUR DE LA GARDE NATIONALE puis AGATHE.
 

COQUENARD, revenant par la gauche.

Me voilà prêt... Et toujours pas de nouvelles de l'élection... Je n'y tiens plus... Il faut que j'aille voir si ce tambour... (Apercevant le tambour qui arrive par le fond.) Ah !... (Dans sa précipitation, il glisse jusqu'en bas des marches. — Allant au tambour, tout haletant.) Vous avez une lettre, tambour ?

 

LE TAMBOUR.

Pour monsieur Coquenard.

 

COQUENARD, la lui arrachant.

Donne !... (Il l'ouvre fiévreusement et lit.) Ah! (Appelant.) Agathe !... Agathe !... Agathe !...

 

AGATHE, accourant, par l'escalier.

Qu'est-ce qu'il y a ?... Tu te trouves mal ?

 

COQUENARD, suffoquant.

Non ! non ! (Avec élan.) Agathe ! Embrasse ton capitaine !...

 

AGATHE.

Capitaine !...

 

COQUENARD.

Oui ! Ça y est !... Je suis nommé !... (Il relit la lettre avec amour.) Et il y a une députation de la compagnie qui m'attend pour m'offrir à déjeuner... Mieux que ça !... Tambour, allez dire à ces messieurs que c'est moi qui les invite à Romainville, au Tourne-Bride... et ça sera soigné... C'est le vicomte Florestan qui paie !... Allez les chercher !...

 

LE TAMBOUR.

Vive le capitaine !...

 

COQUENARD.

Non ! Vive la France ! (Le tambour sort. Se posant devant Agathe) Hein ? Capitaine ? Capitaine des grenadiers... de la garde nationale !...

 

AGATHE, à part.

Je pourrai peut-être le raimer !... (Musique.) Ah ! Voici M. Florestan et ses amis...

 

 

SCÈNE XVII

COQUENARD, AGATHE, FLORESTAN et SES AMIS, puis LES FLEURISTES, puis LE TAMBOUR et DES GARDES NATIONAUX, DES VOISINS et DES VOISINES.

 

Finale.

 

FLORESTAN, arrivant par le fond avec des jeunes gens.

Les voitures sont à la porte :

Allons, cher monsieur Coquenard,

Dépêchons-nous, faites en sorte

Que l'on active le départ !

 

TOUS.

Dépêchons, monsieur Coquenard !

 

COQUENARD, très ému.

Si vous saviez !...

 

FLORESTAN.

Non ! non ! pas de retard !

Vite appelons ces demoiselles !

Appelant.

Venez ! Venez, mes toutes belles !

 

LES FLEURISTES, apparaissant sur la galerie.

Nous voilà prêtes au départ !

 

COQUENARD, voulant encore parler.

Mais permettez !...

 

FLORESTAN.

Non ! non ! pas de retard !

On part !

 

COQUENARD.

Pourtant !

 

TOUS.

On part ! On part !

 

AGATHE.

Il faut pourtant qu'on vous apprenne

Une étonnante aubaine ;

Le voilà capitaine !

 

TOUS.

Capitaine !

 

COQUENARD.

Oui ! je suis nommé

— Et vous m'en voyez tout pâmé —

Dans la Garde Nationale !

 

TOUS.

Dans la Garde Nationale !

Entrent le tambour et les gardes nationaux, suivis des voisins et des voisines.

 

FLORESTAN.

Jamais, en vérité,
Honneur ne fut plus mérité !

Allure martiale,

Energique maintien,

Et mine triomphale,

Qu'il est beau, qu'il est bien !

Des lois, de la morale,

Il sera le soutien :

En lui tout nous signale

Un héros citoyen !

 

TOUS.

Allure martiale,

Energique maintien,

Et mine triomphale,

Qu'il est beau, qu'il est bien !

Des lois, de la morale,

Il sera le soutien :

En lui tout nous signale

Un héros citoyen !

 

FLORESTAN.

Un ban pour le capitaine !

 

TOUS.

Ran, plan, plan, plan, plan, plan, plan !

 

COQUENARD.

Ah ! je suis confus vraiment,

Cela n'en vaut pas la peine !

 

FLORESTAN.

Un reban pour le capitaine.

 

TOUS.

Ran, plan, plan, plan, plan, plan, plan !

 

REPRISE.

TOUS.

Allure martiale,

Energique maintien,

Et mine triomphale,

Qu'il est beau, qu'il est bien !

Des lois, de la morale,

Il sera le soutien :

En lui tout nous signale

Un héros citoyen !

Sur cette reprise, les fleuristes descendent de la galerie en marchant militairement.

 

AGATHE.

Et maintenant, en route !

 

 

SCÈNE XVIII

LES MÊMES, HÉLÈNE et ERMERANCE, puis LOUSTOT.

 

HÉLÈNE, paraissant à la porte de droite avec Ermerance.

Elles sont en costume de grisettes.

Pardon ! Je suis indiscrète, sans doute...

 

FLORESTAN.

Oh ! la charmante enfant !

Allant à elle.

Non pas, vraiment !

Entrez, ma belle enfant !

 

HÉLÈNE.

Le patron, s'il vous plaît…

 

COQUENARD, s'avançant.

Parlez, je vous écoute !

Dites ce qu'il vous faut.

 

HÉLÈNE.

Donc, voici la chose en un mot :


Couplets.

 

I

D'puis c' matin, cherchant d' l'ouvrage

Nous nous prom'nions dans Paris,

Quand j'avis' votre étalage :

V'là notre affair' que je m'dis !

Ici l'on d'mand' deux d'moiselles,

Nous somm's deux, fort justement,

L'occasion est des plus belles,

Ça nous ira comme un gant !

 

C'est Estelle et Véronique,

Monsieur, prenez-nous,

Nous serons, tout nous l'indique,

On n' peut mieux chez vous !

 

II

Le métier est bien facile.

Que faut-il, en vérité

Pour être fleuriste habile ?

Un peu d' grâce et de beauté !

Estelle pour le physique

Ne craint rien : regardez-la.

Et vot' servant' Véronique

N'est pas plus mal tourné' qu' ça !

 

C'est Estelle et Véronique,

Monsieur, prenez-nous,

Nous serons, tout nous l'indique,

On n' peut mieux chez vous !

 

TOUS.

C'est Estelle et Véronique.
Quel régal pour nous !

Oui, voilà pour la boutique

Deux jolis bijoux !

 

 

 

le final de l'acte I lors de la création

 

 

COQUENARD.

C'est dit ! Je vous arrête !

 

AGATHE.

Et vous entrerez dès demain.

 

HÉLÈNE, à part.

Demain ! je suis refaite !

 

FLORESTAN, vivement.

Mais aujourd'hui, noce complète

Pour la campagne ce matin

Nous partons tous, vous serez de la fête !

Aux autres.

Qu'en dites-vous ?

 

TOUS.

C'est adopté

A l'unanimité !

 

HÉLÈNE.

Merci de votre honnêteté !

Bas à Ermerance.

Je prétends lui tourner la tête.

Dès ce soir, je l'aurai maté !

 

LOUSTOT, entrant. — Parlé.

Eh bien ! Je vous attends ! partons pour Romainville !

 

TOUS.

Partons pour Romainville !

 

FLORESTAN.

Allons ! d'un pas agile,

Mettons-nous en chemin

Partons pour Romainville

En avant et bon train !

Que la gaîté champêtre

Nous tienne sous ses lois,

Où pourrait-on mieux être

Que dans ce joli bois ?

 

TOUS.

Allons ! d'un pas agile,

Mettons-nous en chemin

Partons pour Romainville

En avant et bon train !

Que la gaîté champêtre

Nous tienne sous ses lois,

Où pourrait-on mieux être

Que dans ce joli bois ?

 

LOUSTOT.

Omelette et friture

Qu'arrose le clairet,

Quand on a l'âme pure,

Un tel régal vous plaît !

 

TOUS.

Omelette et friture

Qu'arrose le clairet,

Quand on a l'âme pure,

Un tel régal vous plaît !

 

COQUENARD.

Allons ! je commande la marche !

Attention et garde à vous !

Bras dessus, bras dessous !

 

TOUS.

Bras dessus, bras dessous !

 

COQUENARD.

Bras dessus, bras dessous !

Colonne ! En avant arrche !...

 

REPRISE GÉNÉRALE.

TOUS.

Allons ! d'un pas agile,

Mettons-nous en chemin

Partons pour Romainville

En avant et bon train !

Que la gaîté champêtre

Nous tienne sous ses lois,

Où pourrait-on mieux être

Que dans ce joli bois ?

Le rideau baisse sur un tableau animé de départ.
Rideau.

 

 

 

 

 

 

l'acte II lors de la création [Maurice Lamy joue Loustot et non Aristide, personnage qu'il a créé dans les P'tites Michu]

 

 

version intégrale (1953) dir. Dervaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Buvons ! buvons à la santé

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De ci, de là

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah ! méchante ! vous voulez rire !

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisette avait peur du loup

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une grisette, mignonne

distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Holà ! madame Séraphin !

distribution

 

 

version anthologique dir. Gallois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tourne-Bride

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De ci, de là

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Ah ! méchante ! vous voulez rire !

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Lisette avait peur du loup

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Une grisette, mignonne

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la Lettre

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divers enregistrements

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tourne-Bride

Anna Tariol-Baugé (Agathe, créatrice) et Orch.

Disque Pour Gramophone 33603, mat. 5676o, enr. à Paris en 1906

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Duetto de l'âne

Emma Luart (Hélène), Roger Bourdin (Florestan) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 188711, mat. KI 3204-1, enr. le 07 décembre 1929

 

 

 

Duetto de l'âne

Suzanne Laydeker (Hélène), André Baugé (Florestan) et Orchestre dir Godfroy Andolfi

Pathé PG 67, mat. CPT 2193, enr. en 1935

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Duetto de l'escarpolette

Emma Luart (Hélène), Roger Bourdin (Florestan) et Orchestre dir Gustave Cloëz

Odéon 188710, mat. KI 3202 et KI 3203, enr. le 07 décembre 1929

 

 

 

Duetto de l'escarpolette

Suzanne Laydeker (Hélène), André Baugé (Florestan) et Orchestre dir Godfroy Andolfi

Pathé, enr. en 1935

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisette avait peur du loup

Anna Tariol-Baugé (Agathe, créatrice) et Orchestre

Disque Pour Gramophone GC 33834, mat. 9096u, enr. à Paris en 1905

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la Lettre

Jean Périer (créateur) et Piano

Pathé 90 tours n° 1729, réédité sur Pathé 80 tours n° 2015, enr. à Paris en 1905

 

 

 

 

ACTE DEUXIÈME

 

 

Le restaurant du « Tourne-Bride », au milieu du bois de Romainville. — Bâtiments à gauche, premier plan. — Au fond, à droite, porte d'entrée à claire-voie donnant sur le bois. Bosquets et tonnelles. — Chaises et tables. — Une balançoire suspendue entre deux arbres.

 

 

SCÈNE PREMIÈRE

SÉRAPHIN, DENISE, LA TANTE BENOÎT, INVITÉS de la noce, GARÇONS et SERVANTES du restaurant.

 

Au lever du rideau, toute la noce est attablée au milieu de la scène, achevant de déjeuner.

 

CHŒUR DES INVITÉS.

Buvons ! Buvons à la santé

Et de l'époux et de l'épouse !

Buvons à leur prospérité :

Qu'ils aient des enfants jusqu'à douze,

Jusqu'à douze ou bien jusqu'à cent,

Cela ne fait rien à l'affaire

Le principal étant d'en faire

Tant qu'on y a de l'agrément !

 

SÉRAPHIN, se levant.

Pour Séraphin et pour Denise,

Merci, grand merci du souhait,

Et, voulant qu'il se réalise,

Je promets, comme elle promet,

D' n'y pas mettr' de fainéantise !

 

REPRISE.

CHŒUR DES INVITÉS.

Buvons ! Buvons à la santé

Et de l'époux et de l'épouse !

Buvons à leur prospérité :

Qu'ils aient des enfants jusqu'à douze,

Jusqu'à douze ou bien jusqu'à cent,

Cela ne fait rien à l'affaire

Le principal étant d'en faire

Tant qu'on y a de l'agrément !

 

SÉRAPHIN.

N'est-ce pas, ma petite Denise, que nous aurons du cœur à l'ouvrage ?

 

DENISE.

Dame ! j' veux bien !...

 

SÉRAPHIN.

Vous voyez ! Je ne le lui fais pas dire !

 

TOUS.

Bravo ! Vive Denise !

 

DENISE.

Et puis, j'ai de qui tenir... Tante Benoît en a eu vingt-trois...

 

TANTE BENOÎT, rectifiant.

Vingt-quatre...

 

TOUS.

Vingt-quatre !...

 

TANTE BENOÎT.

Oui, mes petits !...

 

SÉRAPHIN.

Pas possible !... Feu Benoît se faisait aider !

 

TANTE BENOÎT.

Aider !... Vous saurez que je n'ai jamais trompé Benoît... (Par réflexion.) Si !... une fois...

 

TOUS.

Ah ! Ah !

 

TANTE BENOÎT.

A propos du vingt-quatrième... Je lui avais annoncé un garçon et ça été une fille.

 

SÉRAPHIN.

Fameux !... (Levant son verre.) A la santé de tante Benoît !

 

TANTE BENOÎT.

A la vôtre, mes enfants !...

 

DENISE, poussant un cri.

Ah !

 

SÉRAPHIN.

Qu'est-ce que tu as ?

 

DENISE.

Je crois que j'ai un hanneton !

 

SÉRAPHIN.

Où ?...

 

DENISE.

J' peux pas le dire !...

 

UN INVITÉ.

Je vas le chercher !...

 

SÉRAPHIN.

Ah ! mais non ! C'est moi que ça regarde…

 

DENISE, avec un second cri, se levant.

J'en ai deux !...

 

PREMIER INVITÉ.

Si qu'on faisait la chaîne !...

 

DEUXIÈME INVITÉ, sortant de dessous la table.

Inutile !... L' z' hanneton, c'est moi !

Il brandit les jarretières de Denise qu'il tient à la main.


DENISE.

Mes jarretières !...

 

TOUS, se levant.

Les jarretières de la mariée !

 

SÉRAPHIN, à l'invité.

Farceur, va ! Mais, là-dessous, il faudrait danser et nos deux violons ne sont pas encore arrivés... Je propose d'aller au devant d'eux ! Allons ! le bras aux dames !...

 

TOUS

Le bras aux dames !...

Sortie sur une musique de scène.

 

SÉRAPHIN, ayant Denise à son bras et sortant le dernier.

Est-elle gentille, ma petite femme.

Il l'embrasse.

 

DENISE.

Oh ! déjà !...

 

SÉRAPHIN.

Et ce n'est qu'un commencement !

Ils sortent. La musique continue.

 

 

SCÈNE II

DEUX GARÇONS de restaurant, puis LE TAMBOUR, GARDES NATIONAUX, puis AGATHE, LOUSTOT, IRMA, SOPHIE, HELOÏSE, CÉLESTE, ZOÉ, ELISA et LES JEUNES GENS.

 

PREMIER GARÇON.

Chaud !... Chaud !... Dépêchons d'enlever cette table.

 

DEUXIÈME GARÇON.

Eh bien ! Et le déjeuner Valaincourt ?

 

PREMIER GARÇON, désignant le fond à gauche.

Là ! sous les tonnelles... le couvert est prêt, il ne manque plus que ces messieurs et ces dames...

 

DEUXIÈME GARÇON.

Qui ne vont pas tarder... car voici l'avant-garde.

Ils emportent la table par la droite. Au fond paraissent les gardes nationaux précédés du tambour qui fait semblant de jouer de la caisse. Ils ont tous leur tunique sur le bras et tiennent des branches en guise de fusil.

 

Morceau d'ensemble.

 

CHŒUR DES GARDES NATIONAUX.

Lorsqu'il ne veille pas sur la société

Le gard' national aime à se mettre à l'aise :

Le bonnet sur l'oreille et l' torse en liberté,

Il n'est pas ennemi d' la vieill' gaîté française

Halte ! Front !

Nom d'un bouchon !

Le gard' national est un gai compagnon !

Halte ! Front !

Nom d'un bouchon !

Le gard' national est un joyeux luron !

 

LE TAMBOUR, se retournant vers le fond et appelant. — Parlé sur la musique.

Ohé ! les autres !

 

LOUSTOT, arrivant avec Agathe que suivent les fleuristes et les jeunes gens.

Nous voilà !

 

AGATHE, aux fleuristes.

Mesdemoiselles, nous sommes au « Tourne-Bride ».

 

TOUTES.

Oh ! que c'est gentil !

 

 

 

Anna Tariol-Baugé (Agathe) dans l'acte II lors de la création

 

 

AGATHE.

Je vous crois !...

 

Rondeau.

 

Le « Tourne-Bride », est, mes amis,

Des amoureux le paradis !

Sous l'abri des vertes tonnelles

L'amour y vient battre des ailes.

Impossible de résister :

Quand il lui plaît de le dicter

Plus d'une vertu se décide

Au Tourne, tourne, tourne-bride !

 

C'est la perle des cabarets,

Tous les bosquets y sont discrets !

La cuisine est fort primitive

Et la cave très relative.

Mais, n'importe ! pour s'amuser,

Pour rire, chanter, pour aimer

Où court le viveur intrépide ?

Au Tourne, tourne, tourne-bride !

 

Dame ! pour la moralité,

Ce n'est pas un endroit vanté :

L'air est si doux, l'herbe est si drue

Que malgré soi l'on est ému

Et la blanche fleur d'oranger

Ne peut y fleurir sans danger :

Ah ! n'allez pas, vierge candide,

Au Tourne, tourne, tourne-bride !

 

TOUS.

Au Tourne, tourne, tourne-bride !

 

AGATHE, regardant autour d'elle.

Eh bien ! M. Florestan et mon mari ne sont pas là ?

Elle se promène nerveusement.

 

IRMA.

Dame ! Les deux nouvelles ont voulu aller à âne...
 

HÉLOÏSE.

Le vicomte et M. Coquenard les ont accompagnées.
 

ZOÉ.

Et on ne va pas vite avec ces bêtes-là !

 

CÉLESTE.

De qui parles-tu ? de ces messieurs ?

 

ZOÉ, scandalisée.

Oh !

Elle lui tourne le dos. Toutes se mettent à rire.

 

LE TAMBOUR, aux gardes nationaux.

Une partie de tonneau, en attendant ?

Ils entrent sous les tonnelles pendant que les fleuristes se promènent, examinant tout avec curiosité. Groupes divers.

 

AGATHE, à Loustot.

Et vous ne craignez pas de laisser ainsi votre prisonnier sans surveillance, monsieur Loustot ?

 

LOUSTOT.

Oh ! je le sais sous bonne garde... (Avec galanterie.) D'ailleurs, ne suis-je pas prisonnier moi-même, ô ravissante Agathe ?

 

AGATHE, avec dignité.

Monsieur Loustot...

 

LOUSTOT, tendrement.

Appelez-moi des Merlettes... à la campagne...


AGATHE.

Eh bien ! des Merlettes ou Loustot, vos galanteries me sont insupportables.

 

LOUSTOT.

Tant mieux !... Ça prouve qu'elles ne vous sont pas indifférentes... Mais je vois ce que c'est... Vous êtes énervée, jalouse ?

 

AGATHE, vivement.

De qui ?... de cette petite Véronique ?... un museau de grisette ?...

 

LOUSTOT.

Auquel on aimerait à se frotter... Je parle pour les autres...

 

AGATHE.

Ma foi, non ! Ce matin, avec Florestan, j'ai failli pleurer... c'était ridicule !... Comme il le dit, ça m'abîmerait les yeux.

 

LOUSTOT.

Alors, c'est Estelle ?

 

AGATHE.

Oh ! celle-là, je lui devrais plutôt de la reconnaissance, puisqu'elle me débarrasse momentanément de M. Coquenard... Et puis, je le connais : il a l'air comme ça de s'allumer...

 

LOUSTOT.

Mais il ne flambe pas !

 

AGATHE.

Si rarement !...

 

LOUSTOT.

Eh bien, alors, quoi ?...

 

AGATHE.

Vous avez raison ! je ne sais pas ce que je dis... Il faut prendre le temps comme il est… des Merlettes, je vous autorise à me faire la cour.

 

LOUSTOT.

Oh !...

 

AGATHE.

Seulement je vous préviens que vous n'arriverez à rien...

 

LOUSTOT, lui baisant la main.

Convenu !... (A part.) Ça se dit toujours !

 

IRMA, regardant au fond.

Ah ! voici mademoiselle Véronique et le vicomte.


AGATHE.

Et c'est lui qui tient l'âne par la bride... Il est risible, ma parole...

 

 

 

Jean Périer (Florestan) et Mariette Sully (Hélène) dans l'acte II lors de la création (photo Nadar)

 

 

SCÈNE III
LES MÊMES, HÉLÈNE, FLORESTAN.

 

Entrée d'Hélène sur un âne que conduit Florestan. Elle tient à la main une grosse gerbe de fleurs des champs.

 

Duetto.

 

HÉLÈNE, FLORESTAN.

De ci, de là,

Cahin, caha,

Va ! Trottine,

Va ! chemine,

Va ! petit âne, va !

De ci, de là,

Cahin, caha !

Le picotin te récompensera !

 

I

HÉLÈNE.

Ah ! mes amis, je suis heureuse,

Et je ris sans savoir pourquoi !

 

FLORESTAN, à part.

Et moi, de la voir si joyeuse

Je me sens triste malgré moi !

 

HÉLÈNE.

Ah ! que c'est amusant un âne !

Mais, capricieux, entre nous !

 

FLORESTAN, à mi-voix.

Bien moins encore, entendez-vous ?

Que la coquette qui me damne !

 

HÉLÈNE, FLORESTAN.

De ci, de là,

Cahin, caha,

Va ! Trottine,

Va ! chemine,

Va ! petit âne, va !

De ci, de là,

Cahin, caha !

Le picotin te récompensera !

 

II

HÉLÈNE, montrant les fleurs qu'elle tient.

Et puis, voyez la belle gerbe !

J'ai dévalisé tout le bois.

 

FLORESTAN, à part.

Mais en cueillant des fleurs dans l'herbe

Elle a cueilli mon cœur, je crois !

 

HÉLÈNE.

Dans l'eau que l'on mette bien vite

Marguerites, coquelicots...

 

FLORESTAN.

Combien je voudrais, à huis clos,

Interroger la marguerite.

 

HÉLÈNE, FLORESTAN.

De ci, de là,

Cahin, caha,

Va ! Trottine,

Va ! chemine,

Va ! petit âne, va !

De ci, de là,

Cahin, caha !

Le picotin te récompensera !

 

AGATHE, bas à Florestan.

Tous mes compliments, monsieur Florestan.

 

FLORESTAN, de même.

Est-ce une scène ?

 

HÉLÈNE.

Aidez-moi à descendre, monsieur Florestan !

 

FLORESTAN, un peu gêné.

Mais...

Il hésite entre les deux.

 

AGATHE.

Allez donc !... J'ai M. des Merlettes pour me tenir compagnie…

 

FLORESTAN.

Au fait... il est très aimable, le baron... (Allant à Hélène.) Me voici, mademoiselle...

 

HÉLÈNE, s'apprêtant à descendre.

Une ! deux ! Ne regardez pas, vous autres... Une ! deux !

 

FLORESTAN, l'enlevant et la déposant à terre.

Et trois !... (A part.) Elle est délicieuse, cette petite Véronique...

Il s'en va par la droite, premier plan, emmenant l'âne.

 

HÉLÈNE, regardant autour d'elle.

Où est donc ma t… (Se reprenant.) mon amie Estelle ? je la croyais derrière nous...

 

 

SCÈNE IV
LES MÊMES, ERMERANCE, COQUENARD.

 

COQUENARD, du fond, il entre en soutenant Ermerance.

Appuyez-vous, ma charmante...

 

ERMERANCE, dolente.

Ah ! quelle aventure !... J'en tremble encore !

 

HÉLÈNE.

Qu'est-il donc arrivé ?

 

ERMERANCE.

Mon âne, mon animal d'âne, qui s'est emballé et qui m'a brutalement déposée au beau milieu d'un fossé.

 

COQUENARD.

De sorte que j'ai vu...

 

TOUS.

Oh !...

 

ERMERANCE.

Monsieur Coquenard !

 

COQUENARD

J'ai vu le moment où l'accident aurait des suites...
 

TOUS, avec soulagement.

Ah !...

 

COQUENARD, à part.

Quels dessous !.. Seigneur, quels dessous ! et quand je pense que ces dessous ont encore des dessus !...
Se trouvant nez à nez avec Agathe, il fait demi-tour.

 

FLORESTAN, reparaissant au fond.

Je vous annonce que le déjeuner est servi... A table !...

 

TOUS.

A table !

Musique de scène. Sortie générale.


AGATHE, à Coquenard qui tourne autour d’Ermerance.

Passez devant, monsieur Coquenard...

 

COQUENARD, soumis.

Oui, bonne amie... (A part.) Pincé !... (En s'en allant.) Quels dessous !...

 

AGATHE, à part, regardant Hélène et Ermerance.

Voilà deux péronnelles qui ne feront pas long feu chez nous.

 

LOUSTOT, s'approchant d'elle.

Mon bras, madame ?... (Galamment.) Et mon cœur.


AGATHE.

Ah ! le bras me suffit !...

 

LOUSTOT.

Il faut bien commencer par quelque chose...

Ils sortent par le fond. La musique s'arrête.

 

 

SCÈNE V
HELENE, ERMERANCE, puis FLORESTAN et COQUENARD.

 

ERMERANCE.
Eh bien, Hélène ? Où en es-tu avec le vicomte ?

 

HÉLÈNE.

Eh bien ! il m'a tout l'air d'être en train de se laisser prendre.

 

ERMERANCE.

Partons, alors !...

 

HÉLÈNE.

Oh ! pas encore !... Evidemment, mademoiselle Véronique lui plaît assez : le beau mérite !... Mais elle disparaîtrait en ce moment, qu'au bout d'une demi-heure il l'aurait oubliée avec n'importe laquelle de ces demoiselles... Ce n'est pas tout à fait là ce que je veux, et je prétends que mon départ lui soit un peu plus sensible.

 

ERMERANCE.

Oui, mais, en attendant, le rôle que nous jouons me paraît plutôt dangereux.

 

HÉLÈNE.

Allons donc !

 

ERMERANCE

S'il ne l'est pas pour toi, il l'est pour moi... Déjà M. Coquenard m'a aperçue sous un jour intempestif... En outre, pour sauver la vraisemblance, j'ai dû tolérer certaines familiarités… Et ça trouble toujours un peu... sans compter qu'il est très bien, cet animal-là ! Une Champ d'Azur troublée par un bourgeois ! que doivent penser mes aïeux ?

 

HÉLÈNE.

Bah ! ils s'occupent bien de ça !... Mais, rassurez-vous, ma bonne tante, j'espère vous rendre bientôt toute votre tranquillité.

 

ERMERANCE.

Je ne la retrouverai que lorsque nous serons loin d'ici.

 

FLORESTAN, paraissant au fond avec Coquenard qui a sa serviette autour du cou.

Allons, mesdemoiselles ! on vous attend...

 

COQUENARD, à Ermerance.

Je vous ai gardé une place à côté de moi.

 

ERMERANCE.

J'y vais ! (Elle passe devant lui. Il en profite pour lut prendre la taille. Elle se retourne, la main levée comme pour lui donner un soufflet.) Qu'est-ce que c'est ?

 

COQUENARD, surpris.

Hein ?

 

ERMERANCE, changeant de ton immédiatement.

Je voulais dire, vous me chatouillez !... (A part.) Que de sacrifices il faut faire à la vraisemblance !...

 

COQUENARD, la suivant, à part.

Oh ! ces dessous !...

Au moment où Hélène va sortir derrière eux, Florestan la retient.

 

 

SCÈNE VI

HÉLÈNE, FLORESTAN.

 

FLORESTAN, qui avait aidé Hélène à défaire son chapeau et lui avait offert le bras pour suivre Coquenard.

Est-ce que vous avez bien faim, mademoiselle Véronique ?

 

HÉLÈNE.

Mais, tout de même assez... Et je ne serai pas fâchée de…

 

FLORESTAN, la retenant encore.

C'est que j'aurais tant voulu vous parler un instant seul à seule...

 

HÉLÈNE.

Vraiment ?... En ce cas, je ferai taire mon appétit pour vous écouter... (Jouant négligemment avec la corde de la balançoire.) Parlez, monsieur Florestan, parlez... Bien que je sache d'avance à peu près tout ce que vous allez me dire...

 

FLORESTAN.

Et quoi donc ?...

 

HÉLÈNE.

Mon Dieu !... que vous me trouvez gentille...

 

FLORESTAN.

Dites, jolie !

 

HÉLÈNE.

Jolie, soit !... Idéale, si vous voulez... Elle est toujours idéale, la femme qui vous inspire un caprice...

 

FLORESTAN.

Un caprice !... Oh !

 

HÉLÈNE.

Pardon ! une passion !... Pour vous, un caprice doit s'appeler une passion...

 

 

 

Jean Périer (Florestan) et Mariette Sully (Hélène) dans l'acte II lors de la création

 

 

Duo.

 

I

FLORESTAN.

Oh ! méchante ! Vous voulez rire !


HÉLÈNE.

N'est-ce pas le meilleur parti !

 

FLORESTAN.

Vous riez quand, moi, je soupire !

 

HÉLÈNE.

Vous soupirez ?... Ça, c'est gentil !

 

FLORESTAN.

Croyez-moi, je vous en conjure,

Prenez pitié de mon tourment !

 

HÉLÈNE.

Mais, ce soir, à votre future

N'en direz-vous pas tout autant ?

 

FLORESTAN.

Ma future !

 

HÉLÈNE, s'asseyant sur la balançoire.
Eh ! oui, vraiment !

Votre future !

Ce soir même elle vous attend,

La pauvre créature !

 

FLORESTAN, avec feu.

Aura-t-elle ces jolis yeux,

Le charme exquis de ce corsage,

Ce teint si blanc, si merveilleux,

Et la fraîcheur de ce visage ?

 

HÉLÈNE, se balançant doucement.

Peut-être bien ! Peut-être bien !

Voyez-vous, ne jurons de rien !

 

FLORESTAN.

Ah ! quittez cet air ironique !

Croyez-moi, chère Véronique !

 

VÉRONIQUE.

Je vous crois, monsieur Florestan ;

Je vous crois, mais, en attendant...

Se balançant.

[ Poussez, poussez l'escarpolette

[ Poussez, pour mieux me balancer !

[ Si ça me tourne un peu la tête,

[ Tant pis ! Je veux recommencer !

[ Poussez, poussez l'escarpolette !

[

[ FLORESTAN, à part.

[ Poussons, poussons l'escarpolette !

[ Poussons pour ne pas la froisser !

[ Par ce manège, la coquette

[ En vain espère me lasser !

[ Poussons, poussons l'escarpolette !

 

II

FLORESTAN.

Allons ! soyez plus sérieuse !

 

HÉLÈNE, s'arrêtant.

Me voilà plus grave que vous !

 

FLORESTAN.

Pourquoi vous montrer si moqueuse

Lorsque je suis à vos genoux ?

 

HÉLÈNE.

Mais je pense à votre future :

Puis-je lui voler son époux ?

 

FLORESTAN, même jeu que plus haut.

Ma future !

 

HÉLÈNE.

Eh ! oui, vraiment,

Votre future

Elle m'occupe énormément,
La chère créature !

 

FLORESTAN.

Aura-t-elle votre gaîté

Et votre grâce enchanteresse,

L'éclat de ce rire argenté,

Enfin, cette fleur de jeunesse ?

 

HÉLÈNE, se remettant à se balancer.

Peut-être bien ! Peut-être bien !

Voyez-vous, ne jurons de rien !

 

FLORESTAN.

Non ! non ! pour moi la femme unique,
C'est vous, c'est toi ! C'est Véronique !

HÉLÈNE.

Je vous crois, monsieur Florestan,

Je vous crois, mais, en attendant...

[ Poussez, poussez l'escarpolette

[ Poussez, pour mieux me balancer !

[ Si ça me tourne un peu la tête,

[ Tant pis ! Je veux recommencer !

[ Poussez, poussez l'escarpolette !

[

[ FLORESTAN, à part.

[ Poussons, poussons l'escarpolette !

[ Poussons pour ne pas la froisser !

[ Par ce manège, la coquette

[ En vain espère me lasser !

[ Poussons, poussons l'escarpolette !

 

FLORESTAN.
Ecoutez !... Pour vous, je suis prêt à tout oublier !

 

HÉLÈNE, se levant en riant.

Oui !... Et pour commencer, vous oubliez le déjeuner, quand je vous ai dit que je meurs de faim !... Ce n'est pas galant !... Allons !... A table !...

 

LOUSTOT, paraissant au fond et se croisant avec elle.

Ah ! vous vous décidez enfin !... On m'envoyait votre recherche !...

 

HÉLÈNE, à part.

Cette fois, je crois que je le tiens !...

Elle entre sous les tonnelles.

 

 

SCÈNE VII

FLORESTAN, LOUSTOT.

 

FLORESTAN, à Loustot.